Addiction & IA : peut-on devenir dépendant de ChatGPT et des IA ?

« Je demande son avis à ChatGPT avant de prendre une décision. »
« Je lui parle quand je me sens seul. »
« J’ai besoin de vérifier avec l’IA avant d’envoyer un message. »
« Je préfère parfois parler avec elle plutôt qu’avec mes proches. »

L’intelligence artificielle est progressivement entrée dans notre quotidien. Nous l’utilisons pour travailler, apprendre, écrire, chercher une information, mais également pour parler de nos relations, de nos émotions ou de décisions très personnelles.

Une question commence alors à apparaître en consultation comme dans la littérature scientifique :

Peut-on devenir addict à l’intelligence artificielle ?

La réponse demande davantage de nuances qu’un simple oui ou non.

Peut-on réellement parler d’« addiction à l’IA » ?

À l’heure actuelle, l’« addiction à l’intelligence artificielle » n’est pas reconnue comme un diagnostic clinique spécifique.

La littérature scientifique récente préfère souvent parler d’usage problématique de l’IA, de dépendance émotionnelle, de surutilisation ou encore de surdépendance cognitive.

Une revue scientifique publiée en 2026 distingue ainsi trois phénomènes qui peuvent se chevaucher :

1. L’usage compulsif : difficulté à contrôler l’utilisation malgré certaines conséquences négatives.

2. La dépendance psychologique ou émotionnelle : l’IA devient une source privilégiée de réassurance, de soutien ou de compagnie.

3. La surdépendance cognitive : certaines fonctions comme réfléchir, décider, écrire, résoudre un problème, sont progressivement déléguées à l’outil. Frontiers

Cette distinction est fondamentale.

Car utiliser ChatGPT plusieurs heures par jour dans un cadre professionnel ne signifie pas nécessairement être dépendant.

Inversement, une utilisation relativement courte peut devenir problématique si la personne ne parvient progressivement plus à prendre certaines décisions sans consulter l’IA.

En addictologie, la fréquence d’un comportement ne suffit pas à définir son caractère problématique. Sa fonction et ses conséquences comptent tout autant.

Pourquoi Chatgpt ou une IA conversationnelle peut-elle devenir si attractive ?

ChatGPT et les autres IA conversationnelles possèdent une caractéristique particulière.

Elles ne ressemblent pas complètement aux technologies qui les ont précédées.

Google fournit des résultats. Un réseau social fournit des contenus et des interactions. Une IA conversationnelle, elle, répond.

Elle adapte son discours, se souvient parfois du contexte, reformule nos préoccupations et peut donner l’impression d’avoir compris précisément ce que nous voulions exprimer.

L’interaction peut alors prendre une dimension affective.

Pour autant, il est important de conserver une distinction : une IA simule les caractéristiques d’un échange humain, mais n’éprouve pas la relation qu’elle donne l’impression d’entretenir.

C’est justement cette ambiguïté qui rend le phénomène psychologiquement intéressant.

« Avec ChatGPT, je ne me sens jamais jugé »

Imaginons un cas fictif.

Le cas de Léa

Léa a 29 ans.

Elle commence à utiliser une IA conversationnelle pour son travail. Progressivement, elle commence également à lui poser des questions concernant sa vie personnelle.

Après une dispute avec son partenaire : « Est-ce que tu trouves sa réaction normale ? »

Avant d’envoyer un message : « Est-ce que tu peux vérifier que je ne vais pas paraître ridicule ? »

Lorsqu’elle doute d’une décision : « À ma place, qu’est-ce que tu ferais ? »

L’utilisation lui apporte immédiatement quelque chose.

De la réassurance.

L’IA est disponible immédiatement, ne semble jamais agacée et ne lui renvoie pas directement la complexité du regard d’un autre être humain.

Peu à peu, Léa remarque pourtant quelque chose : prendre une décision seule devient plus inconfortable qu’avant.

Quand l’IA devient une stratégie de régulation émotionnelle

Le problème n’est peut-être pas que Léa aime parler avec une intelligence artificielle.

La question clinique devient : Que lui apporte cet échange ?

Dans son cas : Doute → consultation de l’IA → réponse → soulagement.

Puis un nouveau doute apparaît.

Elle consulte de nouveau.

Le mécanisme ressemble à celui que l’on rencontre dans certaines conduites de réassurance.

À court terme, demander confirmation diminue l’anxiété.

Mais si cette stratégie devient systématique, la personne dispose de moins en moins d’occasions d’expérimenter :

« J’ai pris ma propre décision et j’ai été capable d’en assumer l’incertitude. »

L’outil qui aidait initialement à réfléchir peut alors progressivement devenir nécessaire pour se rassurer.

Dépendance émotionnelle à l’IA : que sait-on réellement ?

Les premières données sont intéressantes, mais elles doivent être interprétées avec prudence.

Une collaboration entre le MIT Media Lab et OpenAI a notamment étudié les dimensions affectives de l’utilisation de ChatGPT. Une expérimentation contrôlée menée pendant quatre semaines auprès de 981 participants a étudié la solitude, les interactions sociales humaines, la dépendance émotionnelle et l’usage problématique.

Les participants qui utilisaient volontairement davantage le chatbot présentaient globalement des résultats psychosociaux moins favorables, notamment davantage de dépendance émotionnelle et d’usage problématique. Mais cela ne permet pas de conclure simplement que « ChatGPT rend dépendant » : les caractéristiques individuelles et les modalités d’utilisation jouent un rôle important. OpenAI

D’autres travaux associent l’usage problématique des chatbots génératifs à des facteurs comme la solitude, l’anxiété sociale, la peur du jugement ou certains besoins relationnels insatisfaits. Taylor & Francis Online

La revue de 2026 retrouve notamment des associations avec la solitude, l’attachement anxieux, l’anthropomorphisme et la perception de l’IA comme chaleureuse, fiable et constamment disponible. PubMed

Il faut toutefois éviter une erreur : association ne signifie pas causalité.

Une personne isolée peut davantage se tourner vers l’IA ; l’utilisation intensive peut éventuellement contribuer à certaines difficultés ; et ces deux phénomènes peuvent également se renforcer mutuellement.

La recherche doit encore déterminer précisément ces trajectoires.

Le problème n’est peut-être pas le temps passé

C’est probablement le point clinique le plus important.

Imaginons deux personnes utilisant ChatGPT deux heures quotidiennement.

La première l’utilise pour programmer, traduire et synthétiser des documents. Elle ferme l’application et poursuit sa journée.

La seconde l’utilise pour déterminer :

  • comment répondre à son partenaire ;
  • si ses émotions sont légitimes ;
  • si elle doit quitter son travail ;
  • ce qu’elle doit penser d’un conflit ;
  • si elle a raison ou tort ;
  • comment interpréter ce que les autres lui disent.

La durée est identique.

La fonction psychologique ne l’est absolument pas.

C’est pourquoi je préfère poser la question de l’autonomie.

À quel moment l’utilisation de l’IA devient-elle problématique ?

Plusieurs signes peuvent inviter à s’interroger :

  • difficulté à prendre une décision sans consulter l’IA ;
  • besoin fréquent de réassurance auprès du chatbot ;
  • sentiment de manque ou d’inconfort lorsqu’il est inaccessible ;
  • augmentation progressive du temps consacré aux conversations ;
  • préférence systématique pour l’IA plutôt que pour certaines interactions humaines ;
  • utilisation pour éviter l’ennui, la solitude, l’anxiété ou le jugement ;
  • diminution de la confiance dans son propre raisonnement ;
  • conséquences sur le sommeil, le travail, les études ou les relations ;
  • impression que l’IA est devenue indispensable au fonctionnement quotidien.

Aucun de ces éléments pris isolément ne suffit à diagnostiquer une addiction.

Ils permettent plutôt d’interroger la place que l’outil a progressivement prise dans la vie de la personne.

Un exercice : sept jours pour observer sa relation à l’IA

Plutôt que de supprimer immédiatement l’outil, il peut être intéressant d’observer son utilisation.

Pendant une semaine, avant chaque conversation personnelle avec une IA, notez :

1. Qu’est-ce qui vient de se passer ?

2. Qu’est-ce que je ressens ?

3. Qu’est-ce que j’attends de l’IA ?
Une information ? Une décision ? Une validation ? Du réconfort ? Une présence ?

4. Est-ce que j’aurais pu demander cela à quelqu’un d’autre ?

5. Qu’aurais-je fait si l’IA n’avait pas été disponible ?

Une dernière question peut être particulièrement révélatrice :

Si je n’utilisais aucune IA pendant sept jours, qu’est-ce qui me manquerait réellement ?

L’information ?

L’efficacité ?

La réassurance ?

La disponibilité ?

Le sentiment d’être écouté ?

La réponse permet souvent de déplacer la réflexion de l’outil vers le besoin auquel il répond.

Faut-il arrêter d’utiliser ChatGPT ?

Pas nécessairement.

Une approche uniquement centrée sur l’interdiction manquerait probablement une partie du problème.

L’intelligence artificielle peut être un outil extrêmement utile.

La question devient plutôt :

Est-ce que l’IA augmente mes capacités ou commence-t-elle à les remplacer ?

On peut utiliser une IA pour ouvrir une réflexion sans lui déléguer la conclusion.

Lui demander :

« Quelles dimensions devrais-je prendre en compte pour prendre cette décision ? »

est différent de :

« Dis-moi ce que je dois faire. »

De même, utiliser une IA pour préparer une conversation difficile n’est pas équivalent à éviter systématiquement cette conversation.

L’enjeu peut être de conserver une forme de friction cognitive : réfléchir avant de demander, produire une première réponse soi-même, contredire l’IA, vérifier certaines informations et conserver la décision finale.

L’IA peut-elle remplacer un psychologue ?

Une IA peut aider à mettre des mots sur une expérience, fournir des informations ou proposer des pistes de réflexion.

Elle ne constitue cependant pas l’équivalent d’une psychothérapie.

La rencontre thérapeutique implique notamment une relation humaine réelle, un cadre professionnel, une responsabilité clinique et la possibilité d’être confronté à un autre qui ne fonctionne pas uniquement comme un système conversationnel disponible à la demande.

Et cette différence peut justement avoir une fonction thérapeutique.

Les relations humaines comportent de l’attente, du désaccord, de l’incertitude et parfois de la frustration.

Apprendre à les traverser fait aussi partie de notre fonctionnement psychologique.

Peut-être que la vraie question n’est pas « Suis-je addict à l’IA ? »

La recherche actuelle ne permet pas encore de tracer une frontière clinique simple entre utilisation intensive, dépendance cognitive, attachement émotionnel et véritable comportement addictif. Les instruments de mesure eux-mêmes restent hétérogènes et nécessitent encore des validations supplémentaires. PubMed

Une autre question peut donc être plus utile :

« Est-ce que l’IA m’aide à exercer mon autonomie ou est-ce que je commence à lui déléguer ce que je n’ose plus faire seul ? »

Réfléchir.

Décider.

Tolérer le doute.

Se confronter au désaccord.

Chercher du soutien auprès d’un autre.

Faire confiance à son propre jugement.

L’objectif n’est probablement pas de vivre sans intelligence artificielle.

Il est de pouvoir continuer à l’utiliser sans perdre progressivement la liberté de ne pas l’utiliser.

Références scientifiques

  • Dagnino, F. M., Fante, C., Guerrieri, V., & Passarelli, M. (2026). Addicted, attached, or just delegating? A scoping review on “problematic artificial intelligence use”. Frontiers in Psychology. PubMed
  • Fang, C. M., et al. (2025). How AI and Human Behaviors Shape Psychosocial Effects of Extended Chatbot Use: A Longitudinal Controlled Study. MIT Media Lab / OpenAI. MIT Media Lab
  • OpenAI & MIT Media Lab (2025). Early methods for studying affective use and emotional well-being on ChatGPT. OpenAI
  • Problematic ChatGPT use: Manifestations, etiologies, and evaluation (2026). Revue consacrée aux manifestations, facteurs associés et outils d’évaluation de l’usage problématique de ChatGPT.

Je consomme pour gérer mes émotions

Lorsqu’on parle d’addiction, une question revient souvent : Pourquoi une personne continue-t-elle à consommer alors qu’elle connaît parfaitement les conséquences de sa consommation ?

La question paraît logique. Elle repose pourtant sur une hypothèse discutable : si nous savons qu’un comportement nous fait du mal, nous devrions être capables de l’arrêter.

Nos comportements ne fonctionnent pas toujours ainsi.

Dans certaines addictions, la consommation remplit une fonction très précise : modifier rapidement un état émotionnel devenu difficile à supporter.

L’alcool, le cannabis, la cocaïne ou certains comportements peuvent alors devenir de véritables stratégies de régulation émotionnelle.

Le problème n’est donc plus seulement : « Pourquoi est-ce que je consomme ? »

Mais : « Qu’est-ce que ma consommation me permet de ne plus ressentir, même temporairement ? »

Qu’est-ce que la régulation émotionnelle ?

James Gross définit la régulation émotionnelle comme l’ensemble des processus par lesquels nous influençons les émotions que nous ressentons, leur intensité, leur durée et la manière dont nous les exprimons.

Réguler une émotion ne signifie donc pas la supprimer.

Une émotion possède une fonction.

La peur nous informe d’une menace.

La colère peut signaler qu’une limite a été franchie.

La tristesse accompagne notamment certaines expériences de perte.

La honte concerne le regard que nous portons sur nous-mêmes et celui que nous imaginons chez les autres.

La difficulté apparaît lorsque nous ne disposons plus de suffisamment de stratégies pour traverser ces états internes.

Il devient alors tentant de chercher quelque chose qui fonctionne vite.

Et les substances psychoactives peuvent être particulièrement efficaces à court terme.

Quand consommer devient une stratégie émotionnelle

Imaginons une situation. Thomas a 38 ans. Il travaille beaucoup et décrit son quotidien comme « plutôt normal ».

Il boit presque tous les soirs. Deux ou trois verres généralement. Parfois davantage. Il ne se décrit pas comme dépendant.

Lorsqu’il rentre chez lui après une journée difficile, il ressent pourtant une tension importante : pensées professionnelles, irritabilité, sentiment de solitude et difficulté à « couper ».

Vers 19 heures, il ouvre une bouteille de vin. Après le premier verre, quelque chose change.

Les pensées ralentissent. La tension diminue. Il se sent enfin « posé ».

Thomas résume la situation ainsi : « C’est le seul moment où mon cerveau me fout la paix. »

Cette phrase change complètement notre compréhension de sa consommation.

Thomas ne recherche pas uniquement l’alcool. Il recherche l’état que l’alcool lui permet d’obtenir.

Gérer mes émotions : comprendre le cercle

Si nous réalisons une analyse fonctionnelle de la situation, nous pouvons observer :

Situation déclenchante : Journée difficile, retour seul à la maison.

Pensées : « Je n’en peux plus. » ; « J’ai besoin de décompresser. »

Émotions et sensations : Tension, anxiété, solitude, irritabilité.

Comportement : Thomas boit.

Conséquence immédiate : Soulagement.

Conséquences différées : Fatigue, sommeil perturbé, culpabilité, inquiétude concernant sa consommation.

Le lendemain, ces conséquences produisent elles-mêmes de nouvelles émotions désagréables.

Et le soir suivant, Thomas retrouve la stratégie dont il sait qu’elle fonctionne rapidement : l’alcool.

Pourquoi le cerveau apprend-il si vite ce mécanisme ?

Parce que le comportement est renforcé.

En psychologie comportementale, on parle notamment de renforcement négatif lorsqu’un comportement augmente parce qu’il permet de diminuer ou de supprimer quelque chose de désagréable.

Thomas ressent une tension. Il boit. La tension diminue.

Son cerveau apprend progressivement : tension → alcool → soulagement.

Plus cette association est répétée, plus elle peut devenir automatique.

La consommation n’est donc plus seulement associée au plaisir.

Elle devient une réponse privilégiée à certaines émotions.

« Il faut apprendre à gérer ses émotions » : oui, mais comment ?

Dire à quelqu’un qu’il doit « mieux gérer ses émotions » n’est pas très utile.

Il faut pouvoir décomposer le processus.

Reprenons le cas fictif de Thomas avec un protocole simple de travail thérapeutique.

Étape 1. Repérer ce qui se passe avant la consommation

Pendant une semaine, Thomas note les épisodes où l’envie de boire apparaît.

Pour chaque épisode :

Situation : que s’est-il passé ?

Pensée : qu’est-ce que je me suis dit ?

Émotion : qu’ai-je ressenti ?

Intensité : de 0 à 10.

Envie de consommer : de 0 à 10.

Comportement : qu’ai-je fait ?

Conséquence immédiate : qu’est-ce que cela m’a apporté ?

Conséquence différée : comment me suis-je senti quelques heures plus tard ou le lendemain ?

L’objectif n’est pas encore de modifier le comportement.

Il est d’abord de rendre visible ce qui était devenu automatique.

Étape 2. Identifier la fonction de la consommation

Après plusieurs observations, Thomas remarque quelque chose.

Son envie de boire n’est pas constante.

Elle augmente particulièrement lorsqu’il ressent :

  • de la tension ;
  • de la solitude ;
  • de la frustration ;
  • un sentiment d’échec.

Une question devient alors centrale : « Si je ne buvais pas ce soir, qu’est-ce que je serais obligé de ressentir ? »

Pour Thomas, la réponse est principalement : la tension et la solitude.

Nous ne travaillons donc plus uniquement sur l’alcool.

Nous travaillons sur sa capacité à traverser ces deux expériences.

Étape 3. Nommer précisément l’émotion

« Je vais mal » n’est pas une émotion. « Je suis stressé » reste parfois trop général.

Thomas apprend progressivement à distinguer :

  • anxiété ;
  • frustration ;
  • colère ;
  • honte ;
  • tristesse ;
  • solitude ;
  • fatigue.

Cette précision est importante. On ne répond pas de la même manière à la solitude qu’à la colère.

Nommer l’expérience permet déjà de créer une petite distance avec elle :

« Je ressens de l’anxiété » est différent de : « Je suis anxieux et il faut absolument que cela s’arrête. »

Étape 4. Apprendre à tolérer avant de chercher à supprimer

Thomas avait développé une règle implicite :

« Quand je me sens mal, il faut que cela cesse rapidement. »

Le travail consiste progressivement à introduire une autre possibilité :

« Je peux ressentir quelque chose de désagréable sans être obligé d’agir immédiatement dessus. »

Lorsque l’envie apparaît, Thomas expérimente un délai de dix minutes avant de décider s’il consomme.

Pendant ces dix minutes, il observe :

  • l’émotion ;
  • les sensations corporelles ;
  • l’intensité du craving ;
  • les pensées qui apparaissent.

Il découvre progressivement quelque chose d’important : une envie n’est pas un ordre.

Elle monte, évolue et peut parfois redescendre.

Étape 5. Élargir le répertoire de réponses

L’objectif n’est pas simplement de remplacer un verre de vin par une tisane.

Il faut répondre à la fonction identifiée.

Si Thomas boit pour diminuer sa tension, différentes stratégies peuvent être testées : activité physique, douche, respiration lente, musique, marche, changement d’environnement.

Mais si Thomas boit parce qu’il se sent seul, une technique de respiration ne répondra probablement pas au véritable problème.

Il faudra plutôt travailler autour :

  • du lien social ;
  • des relations ;
  • de l’isolement ;
  • de la capacité à solliciter les autres.

Une stratégie de régulation émotionnelle est pertinente lorsqu’elle répond au besoin qui se trouve derrière l’émotion.

Étape 6. Comparer le soulagement immédiat et le coût différé

Thomas réalise ensuite un exercice très simple. Pour chaque stratégie, il évalue.

L’alcool obtient par exemple : Soulagement immédiat : 9/10. Effet le lendemain : 3/10.

Une marche suivie d’un appel à un ami peut produire : Soulagement immédiat : 5/10. Effet le lendemain : 8/10.

Thomas découvre alors une distinction fondamentale : ce qui soulage le plus vite n’est pas toujours ce qui prend le mieux soin de nous.

Étape 7. Travailler ce qui se trouve derrière l’émotion

La régulation émotionnelle ne consiste pas à accumuler indéfiniment des techniques pour supporter sa vie.

À un moment, une autre question doit être posée : Pourquoi cette émotion revient-elle autant ?

Dans le cas de Thomas, la solitude devient progressivement le sujet central.

Son problème n’est plus seulement : « Comment ne pas boire lorsque je me sens seul ? »

mais : « Pourquoi ma vie contient-elle autant de solitude et qu’est-ce que je souhaite en faire ? »

Nous passons alors de la gestion du symptôme à une réflexion plus large sur les relations, les besoins, l’identité et le sens.

L’objectif n’est pas de ne plus ressentir

Une psychothérapie ne vise pas à devenir émotionnellement imperméable.

La régulation émotionnelle consiste davantage à développer suffisamment de flexibilité pour pouvoir ressentir une émotion sans qu’une seule réponse comportementale devienne obligatoire.

Avant : Anxiété → je consomme.

Après : Anxiété → je peux observer, attendre, demander du soutien, agir sur le problème, accepter temporairement l’inconfort… ou faire un autre choix.

Ce qui augmente progressivement n’est pas seulement le contrôle.

C’est la liberté comportementale.

Et si l’addiction était aussi une question de liberté ?

C’est probablement l’un des enjeux les plus intéressants du travail en addictologie.

Une personne peut parfaitement savoir qu’une consommation lui fait du mal et continuer malgré tout.

Non parce qu’elle manque nécessairement de volonté.

Mais parce qu’à cet instant précis, cette consommation représente parfois la stratégie la plus efficace qu’elle connaisse pour modifier son expérience intérieure.

Le travail thérapeutique consiste alors à comprendre cette fonction, développer d’autres possibilités et, parfois, travailler sur ce qui rend ces émotions si difficiles à traverser.

L’objectif n’est pas simplement : « Ne plus consommer. »

Il peut devenir : « Ne plus avoir besoin d’une seule réponse pour faire face à ce que je ressens. »

Et c’est peut-être là que commence une forme de liberté.

Références

  • Gross, J. J. (1998). The emerging field of emotion regulation: An integrative review. Review of General Psychology, 2(3), 271–299.
  • Gross, J. J. (2015). Emotion regulation: Current status and future prospects. Psychological Inquiry, 26(1), 1–26.
  • Koob, G. F., & Volkow, N. D. (2016). Neurobiology of addiction: A neurocircuitry analysis. The Lancet Psychiatry, 3(8), 760–773.
  • Marlatt, G. A., & Donovan, D. M. (2005). Relapse Prevention: Maintenance Strategies in the Treatment of Addictive Behaviors. Guilford Press.
  • Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). Motivational Interviewing: Helping People Change. Guilford Press.

Pourquoi la rentrée nous donne-t-elle envie de changer ?

Chaque année, le mois de septembre semble porter avec lui une étrange promesse.

Reprendre le sport. Changer ses habitudes. Mieux manger. Arrêter de fumer. Quitter une relation qui ne nous convient plus. Commencer une thérapie. Enfin réaliser ce projet repoussé depuis des mois.

Après la parenthèse de l’été, la rentrée nous donne parfois l’impression qu’il est possible de repartir autrement.

Mais pourquoi certaines périodes nous donnent-elles davantage envie de changer ?

Et surtout : pourquoi cette envie disparaît-elle parfois quelques semaines plus tard ?

La rentrée : une frontière psychologique

Nous avons tendance à penser le temps comme une succession continue de journées.

Psychologiquement, ce n’est pourtant pas exactement ainsi que nous le vivons.

Nous découpons notre existence en chapitres :

  • une nouvelle année ;
  • un anniversaire ;
  • un déménagement ;
  • une séparation ;
  • un nouveau travail ;
  • le début des vacances ;
  • la rentrée.

Les chercheurs Hengchen Dai, Katherine Milkman et Jason Riis ont étudié ce phénomène sous le nom de « fresh start effect », que l’on pourrait traduire par « effet nouveau départ ».

Certaines dates créent des frontières symboliques entre notre « ancien moi » et celui que nous souhaitons devenir.

Le 3 septembre n’est objectivement pas plus propice au changement que le 17 novembre.

Mais subjectivement, il peut représenter :

« À partir de maintenant, les choses peuvent être différentes. »

Et cette représentation peut suffire à augmenter temporairement notre motivation.

« Cette année, je change »

Il y a quelque chose de profondément identitaire derrière les résolutions de rentrée.

Lorsque nous disons :

« Je vais reprendre le sport », nous ne parlons pas seulement de sport.

Nous pouvons aussi être en train de dire :

« J’aimerais devenir quelqu’un qui prend davantage soin de lui. »

Lorsque nous décidons de réduire notre consommation d’alcool, nous pouvons également nous demander :

« Quelle place est-ce que je souhaite donner à l’alcool dans ma vie désormais ? »

Et lorsque nous envisageons une psychothérapie : « Est-ce que je veux continuer à fonctionner de cette manière ? »

Le changement ne concerne donc pas seulement nos comportements.

Il touche aussi à notre identité.

Pourquoi les bonnes résolutions disparaissent-elles ?

Le problème est que la motivation du « nouveau départ » est souvent temporaire.

Parce qu’une intention n’est pas encore un changement.

Nous pouvons parfaitement savoir ce que nous voulons arrêter sans savoir ce que nous voulons construire à la place.

C’est particulièrement visible dans les addictions.

Arrêter l’alcool, le cannabis, les jeux, certaines relations ou certains comportements peut sembler être l’objectif.

Mais une question apparaît rapidement :

« Qu’est-ce que je fais de la place laissée par ce que j’arrête ? »

Car nos habitudes ne sont pas toujours absurdes.

Même lorsqu’elles nous font souffrir, elles ont souvent une fonction.

Elles peuvent nous aider à nous détendre, nous distraire, nous rassurer, nous sentir appartenir à un groupe, éviter certaines émotions ou simplement rendre certaines journées plus supportables.

Changer implique alors davantage que supprimer un comportement.

Il faut comprendre ce qu’il faisait pour nous.

On ne change pas uniquement parce qu’on le veut

Albert Bandura a montré avec ses travaux sur le sentiment d’efficacité personnelle que notre comportement dépend notamment de la conviction que nous avons de pouvoir agir efficacement.

Autrement dit, vouloir changer ne suffit pas.

Encore faut-il commencer à se percevoir comme quelqu’un capable de changer.

Cette confiance se construit rarement à travers de grandes déclarations :

« À partir de septembre, je change complètement de vie. »

Elle se construit davantage à travers de petites expériences de maîtrise :

« J’avais prévu de ne pas boire ce soir et j’y suis parvenu. »

« J’ai réussi à dire non. »

« J’ai pris ce rendez-vous que je repoussais depuis trois mois. »

« J’ai traversé cette émotion sans utiliser mon comportement habituel pour l’éviter. »

Chaque expérience devient alors une preuve nouvelle :

je peux agir autrement.

Changer sans devenir quelqu’un d’autre

Il existe pourtant un piège dans cette recherche permanente de renouveau.

Celui de considérer notre « moi actuel » comme quelque chose dont il faudrait se débarrasser.

« À la rentrée, je serai plus discipliné. »

« Je serai plus mince. »

« Je serai moins anxieux. »

« Je serai enfin quelqu’un de bien. »

Le changement devient alors une forme de rejet de soi.

Or, Carl Rogers proposait une idée presque paradoxale : l’acceptation de soi constitue justement l’une des conditions permettant le changement.

Changer ne signifie pas nécessairement devenir quelqu’un d’autre.

Cela peut signifier devenir plus libre dans la manière d’être soi-même.

Peut-être que la bonne question n’est pas : « Qu’est-ce que je veux changer ? »

À chaque rentrée, nous dressons facilement la liste de ce que nous ne voulons plus.

Parfois, il s’agit de moins : boire ; procrastiner ; comparer ; avoir peur.

Mais une autre question mérite peut-être davantage notre attention :

« Vers quoi ai-je envie d’aller ? »

C’est notamment l’une des idées centrales des thérapies d’acceptation et d’engagement (ACT) : une existence ne se construit pas uniquement autour de la réduction des symptômes, mais autour de valeurs qui donnent une direction à nos comportements.

La rentrée peut alors devenir autre chose qu’une liste de bonnes résolutions.

Elle peut devenir l’occasion de s’interroger :

Qu’est-ce qui compte réellement pour moi aujourd’hui ?

Dois je continuer à porter ceci de mon histoire ?

Qu’est-ce que je ne souhaite plus reproduire ?

Quelle personne ai-je envie d’être dans mes relations, mon travail et mes choix ?

Et si septembre n’était pas un nouveau départ ?

Peut-être n’avons-nous pas besoin de repartir de zéro.

Notre histoire ne disparaît pas parce que les vacances se terminent.

Nos fragilités non plus.

Mais chaque période de transition peut nous permettre de regarder notre trajectoire avec un peu plus de distance.

La rentrée peut ainsi constituer un repère.

Non pas : « À partir de maintenant, je deviens quelqu’un d’autre. »

Mais : « À partir de maintenant, qu’est-ce que je choisis de poursuivre, de transformer ou de laisser derrière moi ? »

Le changement ne consiste peut-être pas à effacer la personne que nous étions.

Il consiste parfois à décider plus consciemment de la personne que nous souhaitons continuer à devenir.

Références

  • Bandura, A. (1997). Self-Efficacy: The Exercise of Control. W. H. Freeman.
  • Dai, H., Milkman, K. L., & Riis, J. (2014). The Fresh Start Effect: Temporal Landmarks Motivate Aspirational Behavior. Management Science, 60(10), 2563–2582.
  • Hayes, S. C., Strosahl, K. D., & Wilson, K. G. (2012). Acceptance and Commitment Therapy: The Process and Practice of Mindful Change. Guilford Press.
  • Rogers, C. R. (1961). On Becoming a Person. Houghton Mifflin.

Comment prendre confiance en soi ?

Comment avoir davantage de confiance en soi ?

« Je n’ai pas confiance en moi. » C’est l’une des phrases que j’entends le plus souvent dans mon cabinet de psychologue.

Bonne nouvelle : la confiance en soi n’est pas un trait de personnalité. Elle se construit.

Manque de confiance en soi

Le manque de confiance en soi peut avoir de nombreuses origines :

  • une éducation très critique ;
  • des expériences d’échec ;
  • le harcèlement ;
  • les comparaisons permanentes ;
  • des relations toxiques ;
  • l’anxiété ou le perfectionnisme.

Le problème n’est pas uniquement ce qui vous est arrivé.

C’est aussi ce que votre cerveau en a conclu : « Je ne suis pas capable. »

Comment développer la confiance en soi ?

C’est LA question.

La plupart des personnes pensent qu’il faut d’abord avoir confiance pour agir.

En psychologie, c’est exactement l’inverse.

Action → Expérience → Confiance

Chaque fois que vous osez malgré vos doutes, votre cerveau enregistre une nouvelle preuve :

« J’en suis capable. »

Les expériences de maîtrise : le secret de la confiance en soi

Le psychologue Albert Bandura a montré que le principal moteur de la confiance en soi est ce qu’il appelle les expériences de maîtrise.

Une expérience de maîtrise, c’est une situation où vous découvrez concrètement que vous êtes capable d’agir malgré vos peurs.

C’est pourquoi les affirmations positives ne suffisent pas.

Votre cerveau croit davantage ce qu’il vit que ce qu’il entend.

Comment retrouver confiance en soi au quotidien ?

Voici quelques pistes concrètes :

  • avancer par petits défis ;
  • accepter que la peur fasse partie du processus ;
  • arrêter de vous comparer aux autres ;
  • remettre en question votre dialogue intérieur ;
  • accumuler de petites réussites plutôt que rechercher la perfection.

La confiance ne naît pas d’un déclic.

Elle se construit progressivement.

Confiance en soi ou estime de soi ?

Ces deux notions sont souvent confondues.

L’estime de soi correspond à la valeur que vous vous accordez.

La confiance en soi correspond à la croyance que vous avez en votre capacité à agir.

On peut manquer de confiance tout en ayant une bonne estime de soi, et inversement.

Les deux dimensions sont complémentaires.

Comment nous travaillons la confiance en soi : DEV’HEELS

Chez DEV’HEELS, nous avons construit un atelier autour d’un principe central de la psychologie : les expériences de maîtrise.

Notre objectif n’est pas simplement de parler de confiance en soi.

Nous cherchons à créer des situations dans lesquelles les participantes font l’expérience qu’elles sont capables d’agir, de dépasser leurs croyances limitantes et de porter un regard différent sur elles-mêmes.

La matinée est consacrée à la psychoéducation et au groupe de parole, afin de comprendre les mécanismes de la confiance en soi, de l’estime de soi et du dialogue intérieur.

L’après-midi permet de transformer ces apprentissages en expériences concrètes grâce à plusieurs ateliers :

  • danse en talons ;
  • shooting photo ;
  • colorimétrie ;
  • morphologie.

Chaque activité est pensée pour permettre aux participantes de vivre une réussite, d’oser sortir de leur zone de confort et de découvrir qu’elles sont souvent bien plus capables qu’elles ne l’imaginaient.

Afin d’objectiver ces évolutions, nous réalisons une évaluation psychométrique avant et après l’atelier à l’aide d’outils validés en psychologie, notamment l’Échelle d’Estime de Soi de Rosenberg et le questionnaire du Sentiment d’Efficacité Personnelle (GSE).

Notre ambition est simple : associer la rigueur scientifique à une expérience profondément humaine, afin que les participantes repartent non seulement avec des prises de conscience, mais aussi avec des preuves concrètes de leurs ressources.

Besoin d’être accompagné(e) ?

Si votre manque de confiance en vous impacte votre quotidien, il est possible de travailler dessus.

En consultation individuelle ou à travers des ateliers comme DEV’HEELS, il est possible de construire progressivement une confiance plus solide, non pas en attendant de ne plus avoir peur, mais en apprenant à agir malgré elle.

Pourquoi est-ce que je me fais du mal ?

« Pourquoi est-ce que je me fais du mal ? »

Cette question apparaît souvent lorsque l’on prend conscience d’une contradiction.

Je sais que cela me fait souffrir, que cela me nuit et que je vais le regretter.

Et pourtant, je recommence.

Cette situation peut concerner de nombreux comportements :

  • consommer de l’alcool ou des drogues ;
  • retourner dans une relation toxique ;
  • jouer de l’argent ;
  • se mettre en danger ;
  • s’isoler ;
  • s’automutiler ;
  • repousser ce qui pourrait nous faire du bien.

Face à cette répétition, beaucoup concluent : « Je dois avoir un problème. »

Pourtant, la question mérite souvent d’être reformulée.

Et si je ne cherchais pas à me faire du mal ?

Cette idée peut sembler surprenante.

Mais dans la majorité des situations, les personnes ne cherchent pas consciemment à souffrir.

Elles cherchent plutôt à résoudre quelque chose.

Soulager une angoisse.

Faire taire une pensée.

Échapper à une émotion.

Se sentir vivant.

Ne plus ressentir la solitude.

Retrouver un sentiment de contrôle.

Le problème est que certaines solutions finissent par produire davantage de souffrance que ce qu’elles étaient censées soulager.

Derrière chaque symptôme se trouve une tentative de solution

Cette idée est centrale dans plusieurs approches contemporaines de la psychothérapie.

Lorsqu’une personne boit jusqu’à perdre le contrôle, la question n’est pas uniquement :

« Pourquoi boit-elle ? » Mais aussi : « Que lui apporte l’alcool ? »

Lorsqu’une personne retourne sans cesse vers des relations qui la font souffrir, il peut être utile de se demander :

« Que cherche-t-elle à retrouver ? »

Comprendre la fonction d’un comportement est souvent plus utile que le condamner.

Le psychiatre et psychanalyste Sigmund Freud parlait de « compulsion de répétition ».

Certaines expériences semblent se rejouer sous des formes différentes tout au long de la vie.

Nous pouvons répéter :

  • certains choix amoureux ;
  • certaines manières de nous traiter ;
  • certaines stratégies d’adaptation.

Comme si une partie de nous tentait, encore et encore, de résoudre une difficulté ancienne.

L’auto-sabotage existe-t-il vraiment ?

Le terme est très utilisé aujourd’hui. Pourtant, il est parfois trompeur.

Car il laisse entendre qu’une personne agit volontairement contre ses propres intérêts.

Dans la réalité, les comportements d’auto-sabotage sont souvent des tentatives maladroites de protection.

Ce qui apparaît destructeur aujourd’hui a parfois permis de survivre psychiquement hier.

Quand la souffrance devient familière

Une autre hypothèse mérite d’être explorée.

L’être humain ne recherche pas seulement le plaisir.

Il recherche aussi ce qui lui est familier.

Même lorsque cela le fait souffrir.

Certaines personnes ont grandi dans des environnements où :

  • l’amour était instable ;
  • les conflits étaient permanents ;
  • les besoins émotionnels étaient peu entendus.

À l’âge adulte, elles peuvent alors être attirées par des situations qui reproduisent inconsciemment cette familiarité.

Non parce qu’elles aiment souffrir.

Mais parce que cela leur paraît étrangement connu.

La question du sens

Le psychiatre Viktor Frankl rappelait que l’être humain ne cherche pas uniquement à éviter la souffrance.

Il cherche également à donner un sens à son existence.

Parfois, derrière la question : « Pourquoi est-ce que je me fais du mal ? »

se cache une autre interrogation : « Que suis-je en train d’essayer de résoudre ? »

ou encore : « Qu’est-ce qui me manque pour vivre autrement ? »

En conclusion

Lorsque vous avez le sentiment de vous faire du mal, il peut être tentant de vous juger sévèrement.

Pourtant, derrière la répétition d’un comportement se cache souvent une logique qui mérite d’être comprise.

La question n’est pas toujours : « Pourquoi est-ce que je me détruis ? »

Mais parfois : « Qu’est-ce que j’essaie de réparer avec les moyens dont je dispose aujourd’hui ? »

C’est souvent à partir de cette question que le changement devient possible.

Références

  • Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir.
  • Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
  • Rogers, C. (1961). Le développement de la personne.
  • Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel.

J’ai honte de faire du chemsex : comprendre

« J’ai honte de faire du chemsex », cette phrase revient fréquemment chez les personnes concernées par le chemsex.

La honte apparaît parfois avant même la première consultation.

Certaines personnes craignent d’être jugées. D’autres ont peur que leur entourage découvre leur consommation ou certains comportements vécus sous produits.

Beaucoup ont le sentiment d’avoir franchi des limites qu’elles ne pensaient jamais franchir.

Pourtant, derrière cette honte se cache souvent une souffrance qui mérite d’être entendue.

Pourquoi le chemsex génère-t-il autant de honte ?

Le chemsex associe sexualité et consommation de substances psychoactives telles que le GHB/GBL, la 3-MMC, la méthamphétamine ou d’autres produits.

Cette pratique se situe à l’intersection de plusieurs domaines déjà fortement stigmatisés :

  • la sexualité ;
  • les drogues ;
  • la perte de contrôle ;
  • parfois certaines questions identitaires ou relationnelles.

La personne ne se sent alors plus seulement en difficulté avec un comportement.

Elle peut avoir l’impression que c’est toute son identité qui est remise en question.

La honte n’est pas la culpabilité

Cette distinction est essentielle.

La culpabilité dit : « J’ai fait quelque chose que je regrette. »

La honte dit : « Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »

Lorsque la honte s’installe, le regard porté sur soi devient souvent très dur.

Certaines personnes se décrivent comme faibles, déviantes ou incapables de changer.

Pourtant, ces jugements empêchent rarement la consommation.

Ils contribuent souvent à l’entretenir.

Le cercle vicieux de la honte

De nombreuses personnes rapportent un scénario similaire :

  • une session de chemsex ;
  • une descente difficile ;
  • un sentiment de vide ;
  • des regrets ;
  • de la honte ;
  • puis l’envie de fuir ces émotions.

Le paradoxe est que le produit ou la sexualité peuvent alors redevenir un moyen de ne plus ressentir cette souffrance.

Le chemsex devient simultanément le problème et la tentative de solution.

Ce mécanisme est fréquemment décrit dans les travaux sur les addictions et la régulation émotionnelle.

« Je ne me reconnais plus »

C’est une phrase particulièrement fréquente.

Certaines personnes racontent avoir le sentiment de mener une double vie.

D’un côté, leur vie professionnelle, familiale ou sociale.

De l’autre, des pratiques qu’elles gardent secrètes.

Cette dissociation alimente souvent la souffrance psychique.

Mais elle soulève également une question importante :

Qui suis-je lorsque je retire les produits, les applications, les rencontres ou les stratégies qui m’ont permis de tenir jusqu’à présent ?

Au-delà du produit

Réduire le chemsex à une simple consommation serait insuffisant.

Pour certaines personnes, il peut représenter :

  • une recherche de connexion ;
  • une lutte contre la solitude ;
  • un sentiment d’appartenance ;
  • une façon d’apaiser l’anxiété ;
  • une tentative d’accéder à une sexualité vécue comme plus libre ;
  • une manière d’échapper temporairement à certaines difficultés.

Comprendre ce que le chemsex apporte est souvent aussi important que comprendre ce qu’il coûte.

Sortir de la honte

Le psychologue humaniste Carl Rogers écrivait :

« Le curieux paradoxe est que lorsque je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. »

Cette idée est souvent contre-intuitive.

Beaucoup pensent devoir se juger sévèrement pour évoluer.

Pourtant, l’expérience clinique montre que le changement durable apparaît plus facilement lorsque la personne peut regarder son histoire avec lucidité sans réduire son identité à ses comportements.

Faire du chemsex ne résume pas une personne.

C’est une expérience, parfois une stratégie d’adaptation, parfois une souffrance, mais jamais une identité.

En conclusion

Si vous vous surprenez à penser : « J’ai honte de faire du chemsex », sachez que cette émotion est fréquente.

La honte peut sembler protéger, mais elle conduit souvent à l’isolement et au silence.

Derrière elle se trouvent parfois des questions plus profondes concernant la solitude, le désir, l’identité ou le besoin de soulagement.

La rencontre thérapeutique offre alors un espace pour explorer ces questions sans jugement et retrouver progressivement une plus grande liberté de choix.

Références

  • Rogers, C. (1961). Le développement de la personne.
  • Bourne, A., et al. (2015). The Chemsex Study.
  • Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel.
  • Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.

Je m’ennuie et je consomme : quel lien entre l’ennui et l’addiction ?

Découvrez le lien entre ennui et addiction. Pourquoi l’ennui favorise-t-il certaines consommations ? Comment retrouver du désir sans dépendre d’un produit ou d’un comportement ?

« Quand je m’ennuie, j’ai envie de consommer »

Pour certaines personnes, l’envie apparaît lorsqu’elles sont stressées.

Pour d’autres, lorsqu’elles sont tristes.

Mais beaucoup décrivent une situation plus discrète :

« Dès que je n’ai rien à faire, j’ai envie de fumer. »

« Quand je suis seul, j’ai envie de boire. »

« Dès que je m’ennuie, je me retrouve sur les applications ou les réseaux sociaux. »

L’ennui est souvent considéré comme un inconfort mineur.

Pourtant, il occupe une place importante dans de nombreuses addictions.

L’ennui n’est pas seulement l’absence d’activité

Nous confondons souvent ennui et inactivité.

Pourtant, il est possible d’être très occupé et profondément ennuyé.

L’ennui correspond davantage à une difficulté à se sentir engagé, concerné ou stimulé par ce que l’on vit.

Le philosophe Blaise Pascal écrivait déjà :

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. »

Derrière l’ennui se cache parfois une confrontation à soi-même.

Pourquoi l’ennui favorise-t-il la consommation ?

Les addictions ont souvent une fonction simple : elles remplissent un vide.

L’alcool, le cannabis, les jeux, les écrans ou la pornographie offrent immédiatement :

  • une stimulation ;
  • une distraction ;
  • une occupation ;
  • une sensation.

Ils évitent surtout une expérience parfois difficile : celle d’être seul avec soi-même.

Lorsque l’ennui apparaît, la consommation peut devenir une réponse automatique.

Le cerveau apprend progressivement : Ennui = consommation.

Quand l’ennui devient insupportable

Certaines personnes décrivent une difficulté croissante à supporter les temps morts.

Quelques minutes sans stimulation suffisent à créer :

  • de l’agitation ;
  • de l’impatience ;
  • une sensation de vide ;
  • une envie de consommer.

Dans une société où les sollicitations sont permanentes, l’ennui devient presque une expérience inhabituelle.

Or les addictions offrent précisément ce que notre cerveau recherche : une récompense rapide et immédiate.

L’ennui cache parfois une autre question

En consultation, l’ennui est rarement le véritable sujet.

Derrière lui se trouvent souvent :

  • une solitude ;
  • une perte de sens ;
  • une difficulté à savoir ce que l’on aime ;
  • une faible connaissance de soi ;
  • un sentiment de vide intérieur.

Le psychiatre Viktor Frankl décrivait ce phénomène sous le terme de « vide existentiel ».

La personne ne manque pas nécessairement d’activités.

Elle peine parfois à trouver quelque chose qui lui semble véritablement important.

Et si l’ennui n’était pas l’ennemi ?

Notre premier réflexe consiste souvent à vouloir le faire disparaître.

Pourtant, l’ennui peut avoir une fonction utile.

Il signale parfois qu’un besoin n’est pas satisfait.

Il nous oblige à nous poser certaines questions :

  • Qu’est-ce qui m’intéresse réellement ?
  • Qu’est-ce qui me procure du plaisir ?
  • Qu’est-ce qui donne du sens à mes journées ?
  • Que suis-je en train d’éviter ?

Ces questions sont souvent plus importantes que la consommation elle-même.

Retrouver du désir

Dans de nombreuses addictions, le problème n’est pas seulement la consommation.

C’est l’appauvrissement progressif des autres sources de satisfaction.

Lorsque tout devient moins intéressant que le produit ou le comportement, la vie perd peu à peu ses nuances.

Le travail thérapeutique consiste alors non seulement à réduire la consommation, mais également à retrouver du désir.

Désirer autre chose.

Investir autre chose.

Découvrir ce qui peut donner envie de se lever autrement que pour soulager un manque ou combler un vide.

En conclusion

L’ennui et l’addiction entretiennent souvent des liens étroits.

La consommation peut devenir une réponse rapide à un vide, à une absence de stimulation ou à une difficulté à être seul avec soi-même.

Mais derrière l’ennui se cache parfois une question plus profonde :

« Qu’est-ce qui me donne réellement envie de vivre ? »

L’accompagnement thérapeutique permet alors de dépasser la seule question de la consommation pour explorer celle du désir, de l’identité et du sens.

Références

  • Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
  • Pascal, B. (1670). Pensées.
  • Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.
  • Elpidorou, A. (2018). The Bright Side of Boredom.

Addiction et identité : qui suis-je lorsque je ne consomme plus ?

Arrêter de consommer… et se sentir perdu

Lorsqu’on parle d’addiction, l’attention se porte souvent sur le produit ou le comportement :

  • alcool ;
  • cannabis ;
  • cocaïne ;
  • jeux d’argent ;
  • écrans ;
  • pornographie.

Pourtant, de nombreuses personnes décrivent une difficulté inattendue lorsqu’elles réduisent ou arrêtent leur consommation.

Elles ne souffrent pas seulement du manque.

Elles se demandent :

« Qui suis-je maintenant ? »

Cette question est particulièrement fréquente chez les personnes dont la consommation s’est installée pendant plusieurs années, parfois depuis l’adolescence.

L’addiction ne modifie pas seulement les habitudes

Une consommation répétée influence progressivement :

  • le quotidien ;
  • les relations ;
  • les loisirs ;
  • les émotions ;
  • la manière de faire face aux difficultés.

Avec le temps, certaines personnes ont l’impression que le produit ou le comportement est devenu une partie intégrante de leur identité.

Elles ne disent plus : « Je consomme du cannabis. »

Mais : « Je suis quelqu’un qui fume. »

Ou encore : « Je suis fêtard. » ; « Je suis un consommateur. »

Lorsque la consommation disparaît, c’est parfois toute cette représentation de soi qui vacille.

Addiction et identité : les béquilles psychiques

En psychologie, nous utilisons parfois l’image de la béquille.

Une béquille n’est pas inutile.

Elle aide à avancer lorsque quelque chose est blessé.

De la même manière, certaines consommations peuvent temporairement aider à :

  • supporter l’anxiété ;
  • atténuer une souffrance ;
  • calmer un sentiment de solitude ;
  • faire face à un traumatisme ;
  • trouver une place dans un groupe.

Le problème apparaît lorsque la béquille devient indispensable.

Car la question n’est alors plus seulement :

« Comment arrêter ? ». Mais :

« Comment vivre sans ce qui m’a permis de tenir pendant si longtemps ? »

Addiction et identité : l’adolescence

Cette question est particulièrement importante lorsque les consommations débutent tôt.

Selon les travaux d’Erik Erikson, l’adolescence constitue une période essentielle dans la construction de l’identité.

C’est à ce moment que chacun tente progressivement de répondre à des questions telles que :

  • Qui suis-je ?
  • Quelle place ai-je dans le monde ?
  • Quelles sont mes valeurs ?
  • Quel adulte ai-je envie de devenir ?

Lorsque le cannabis ou d’autres produits occupent une place centrale pendant cette période, ils peuvent parfois devenir intimement liés à cette construction identitaire.

Certaines personnes découvrent alors, à l’âge adulte, qu’elles n’ont jamais réellement appris à se connaître sans consommer.

Le vide après l’arrêt

De nombreuses personnes s’attendent à ressentir un soulagement lorsqu’elles arrêtent.

Or certaines décrivent plutôt :

  • un vide ;
  • de l’ennui ;
  • une perte de repères ;
  • un sentiment d’étrangeté envers elles-mêmes.

Cette expérience ne signifie pas que l’arrêt est une erreur.

Elle révèle souvent qu’un espace s’est libéré.

Un espace qui demande désormais à être investi autrement.

L’identité ne se réduit pas à l’addiction

L’une des difficultés majeures de l’accompagnement est d’aider la personne à distinguer son identité de son symptôme.

Une addiction raconte quelque chose.

Elle parle parfois de souffrance, de solitude, de recherche de plaisir, d’attachement ou de protection.

Mais elle ne résume jamais une personne.

Comme le rappelait le psychiatre Viktor Frankl, l’être humain conserve toujours une capacité à se définir autrement que par ce qu’il traverse.

La question devient alors :

« Qui suis-je au-delà de ce qui me faisait tenir ? »

La thérapie comme espace de redécouverte

L’objectif de la psychothérapie n’est pas seulement d’aider à arrêter une consommation.

Il s’agit aussi d’explorer ce qui apparaît lorsque celle-ci recule.

Les questions deviennent alors plus profondes :

  • Qu’est-ce qui me fait vibrer ?
  • Quelles sont mes valeurs ?
  • Quels liens ai-je envie de construire ?
  • Quelle vie ai-je envie de mener ?

L’arrêt d’une addiction représente parfois moins une fin qu’un début.

En conclusion

L’addiction ne concerne pas uniquement un produit ou un comportement.

Elle touche parfois à la manière dont nous nous définissons et dont nous avons appris à faire face au monde.

Lorsque la consommation diminue ou disparaît, une question essentielle peut émerger :

« Qui suis-je lorsque je ne consomme plus ? »

Cette question est souvent déstabilisante.

Elle est aussi, parfois, le point de départ d’une rencontre plus authentique avec soi-même.

Références

  • Erikson, E. H. (1968). Identity: Youth and Crisis.
  • Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
  • McAdams, D. P. (2001). The Psychology of Life Stories.
  • Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.

Je fume du cannabis tous les jours : dois-je m’inquiéter ?

« Je fume du cannabis tous les jours »

Pour certaines personnes, cette phrase ne pose aucun problème.

Pour d’autres, elle s’accompagne d’un doute :

  • Est-ce que je suis dépendant ?
  • Est-ce que je peux encore arrêter quand je veux ?
  • Est-ce que ma consommation est devenue excessive ?
  • Pourquoi ai-je besoin de fumer tous les jours ?

Ces questions sont fréquentes et méritent d’être prises au sérieux, sans pour autant céder à la panique.

Fumer tous les jours signifie-t-il être dépendant ?

Pas nécessairement. La fréquence de consommation est un indicateur important, mais elle ne suffit pas à définir une dépendance.

La question essentielle est souvent : Quelle place le cannabis occupe-t-il dans votre vie ?

Certaines personnes consomment quotidiennement sans ressentir de perte de contrôle apparente.

D’autres constatent progressivement :

  • une difficulté à passer une journée sans fumer ;
  • des tentatives d’arrêt infructueuses ;
  • une augmentation des quantités ;
  • une consommation devenue automatique.

C’est souvent cette perte de liberté qui interroge davantage que le nombre de joints.

Pourquoi je fume tous les jours ?

Le cannabis ne sert pas uniquement à rechercher du plaisir.

Il peut également remplir différentes fonctions psychologiques :

  • réduire l’anxiété ;
  • favoriser l’endormissement ;
  • calmer les pensées envahissantes ;
  • diminuer le stress ;
  • lutter contre l’ennui ;
  • éviter certaines émotions douloureuses.

Dans ce contexte, le cannabis devient parfois une stratégie d’adaptation.

Le problème est qu’une solution efficace à court terme peut devenir source de difficultés à long terme.

Quand le cannabis devient une habitude

De nombreuses personnes décrivent un phénomène progressif.

Au départ : « Je fume de temps en temps. ». Puis : « Je fume le week-end. »

Puis : « Je fume le soir pour me détendre. »

Et finalement : « Je fume tous les jours. »

Cette évolution est souvent discrète.

Le cannabis s’intègre progressivement dans les routines quotidiennes jusqu’à devenir un réflexe.

Les conséquences psychologiques

Le cannabis n’a pas les mêmes effets chez tout le monde.

Cependant, certaines difficultés reviennent fréquemment :

  • baisse de motivation ;
  • difficultés de concentration ;
  • sentiment de brouillard mental ;
  • repli sur soi ;
  • anxiété ;
  • perte de confiance en soi ;
  • difficultés relationnelles.

Certaines personnes ont également le sentiment que leur vie s’organise progressivement autour de la consommation.

« Je peux arrêter quand je veux »

Cette phrase mérite parfois d’être mise à l’épreuve. Une question simple peut être utile :

Si vous décidiez aujourd’hui d’arrêter pendant un mois, à quel point cela vous semblerait-il facile ?

La réponse apporte souvent davantage d’informations que toutes les étiquettes.

La dépendance ne se mesure pas uniquement à la quantité consommée.

Elle se mesure aussi à la difficulté à s’en passer.

Le cannabis est-il le problème ?

Pas toujours. Dans certaines situations, la consommation est davantage un symptôme qu’une cause.

Derrière le cannabis peuvent se cacher :

  • une anxiété ancienne ;
  • une faible estime de soi ;
  • un mal-être diffus ;
  • des difficultés relationnelles ;
  • un sentiment de vide ;
  • une perte de repères.

La consommation tente alors de répondre à un besoin psychologique réel.

Comprendre ce besoin constitue souvent une étape essentielle du changement.

Retrouver sa liberté

L’objectif n’est pas nécessairement l’abstinence immédiate.

Certaines personnes souhaitent arrêter.

D’autres souhaitent réduire leur consommation.

D’autres encore veulent simplement comprendre leur relation au cannabis.

L’essentiel est souvent de retrouver une capacité de choix.

Car la question n’est pas seulement : « Combien de joints je fume ? »

Mais aussi : « Est-ce que je choisis encore de fumer ou est-ce devenu automatique ? »

En conclusion

Fumer du cannabis tous les jours ne signifie pas automatiquement être dépendant.

En revanche, cette habitude mérite parfois d’être interrogée.

Lorsque la consommation devient indispensable pour se détendre, dormir, gérer ses émotions ou traverser la journée, il peut être utile d’explorer ce qu’elle apporte réellement.

Derrière la question du cannabis se cache souvent une autre question :

De quoi cette consommation tente-t-elle de me protéger ?

Références

  • Beck, A. T., Wright, F. D., Newman, C. F., & Liese, B. S. (1993). Cognitive Therapy of Substance Abuse.
  • Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel.
  • Volkow, N. D. (2020). The neurobiology of cannabis use and dependence.

J’ai honte de boire : la culpabilité ne suffit pas à arrêter l’alcool

« J’ai honte de boire » C’est souvent une phrase murmurée en consultation.

Certaines personnes baissent les yeux en la prononçant. D’autres s’excusent presque d’être là.

Elles ont parfois tenté d’arrêter plusieurs fois, savent que leur consommation leur pose problème, connaissent les conséquences sur leur santé, leurs relations ou leur travail.

Pourtant, elles continuent à boire. Et chaque verre semble ajouter une couche supplémentaire de honte.

La honte est différente de la culpabilité

En psychologie, il est important de distinguer la culpabilité de la honte.

La culpabilité dit : « J’ai fait quelque chose de mal. »

La honte dit : « Je suis quelqu’un de mauvais. »

Cette nuance change tout.

La culpabilité peut favoriser le changement parce qu’elle concerne un comportement.

La honte, elle, touche directement l’identité.

Peu à peu, la personne ne pense plus : « J’ai un problème avec l’alcool. » mais : « Je suis un problème. »

Pourquoi la honte entretient parfois l’alcool

Cela peut sembler paradoxal.

On pourrait penser que plus une personne a honte de boire, plus elle aura envie d’arrêter.

La réalité est souvent inverse. La honte est une émotion extrêmement douloureuse.

Or, beaucoup de personnes consomment justement pour soulager des émotions difficiles.

Un cercle vicieux peut alors s’installer :

  • Je bois.
  • J’ai honte.
  • Je me sens mal.
  • Je bois pour ne plus ressentir cette honte.
  • J’ai encore plus honte.

Ce mécanisme est fréquemment observé dans les addictions.

L’alcool devient alors à la fois le problème et la tentative de solution.

« Si les autres savaient… »

La honte pousse souvent au secret.

Certaines personnes cachent les bouteilles.

D’autres minimisent leur consommation.

Certaines évitent même de consulter par peur du jugement.

Pourtant, derrière les consommations excessives, les professionnels rencontrent rarement des personnes faibles ou dépourvues de volonté.

Ils rencontrent plus souvent :

  • des personnes épuisées ;
  • des personnes anxieuses ;
  • des personnes blessées ;
  • des personnes seules ;
  • des personnes qui tentent de faire face avec les moyens dont elles disposent.

L’alcool n’est pas toujours le véritable problème

Cette idée peut surprendre. Bien sûr, l’alcool pose problème.

Mais il est parfois davantage un symptôme qu’une cause.

Derrière la consommation, il peut exister :

  • une anxiété chronique ;
  • une dépression ;
  • une faible estime de soi ;
  • un traumatisme ;
  • une solitude importante ;
  • un sentiment de vide ou de perte de sens.

L’alcool vient alors remplir une fonction psychologique.

Comprendre cette fonction est souvent une étape essentielle du changement.

Sortir de la honte

Le psychologue humaniste Carl Rogers écrivait :

« Le curieux paradoxe est que lorsque je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. »

Cette idée est contre-intuitive. Beaucoup de personnes pensent devoir se détester suffisamment pour arrêter.

Pourtant, l’expérience clinique montre souvent l’inverse.

Le changement durable apparaît davantage lorsque la personne parvient à regarder sa situation avec lucidité sans se réduire à celle-ci.

Boire n’est pas une identité. C’est un comportement. Et un comportement peut évoluer.

Une autre question que « Comment arrêter ? »

En consultation, une question revient souvent :

« Pourquoi ai-je besoin de boire ? »

Mais une autre mérite parfois d’être explorée :

« Qu’est-ce que l’alcool m’aide à ne pas ressentir ? »

Cette question ouvre souvent un travail plus profond.

Car derrière la consommation se cachent parfois des émotions, des blessures ou des besoins qui demandent à être entendus.

En conclusion

Si vous vous surprenez à penser : « J’ai honte de boire », sachez que vous n’êtes pas seul.

La honte est fréquente dans les addictions.

Mais elle n’est pas un moteur de changement très efficace.

Comprendre ce que l’alcool représente dans votre vie, identifier les difficultés qu’il tente de soulager et retrouver une relation plus apaisée avec vous-même sont souvent des étapes plus utiles que l’autocritique.

Le changement commence parfois par la compréhension.

Références

  • Rogers, C. (1961). Le développement de la personne.
  • Nathanson, D. (1992). Shame and Pride.
  • Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.
  • Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel.