Découvrez le lien entre ennui et addiction. Pourquoi l’ennui favorise-t-il certaines consommations ? Comment retrouver du désir sans dépendre d’un produit ou d’un comportement ?
« Quand je m’ennuie, j’ai envie de consommer »
Pour certaines personnes, l’envie apparaît lorsqu’elles sont stressées.
Pour d’autres, lorsqu’elles sont tristes.
Mais beaucoup décrivent une situation plus discrète :
« Dès que je n’ai rien à faire, j’ai envie de fumer. »
« Quand je suis seul, j’ai envie de boire. »
« Dès que je m’ennuie, je me retrouve sur les applications ou les réseaux sociaux. »
L’ennui est souvent considéré comme un inconfort mineur.
Pourtant, il occupe une place importante dans de nombreuses addictions.
L’ennui n’est pas seulement l’absence d’activité
Nous confondons souvent ennui et inactivité.
Pourtant, il est possible d’être très occupé et profondément ennuyé.
L’ennui correspond davantage à une difficulté à se sentir engagé, concerné ou stimulé par ce que l’on vit.
Le philosophe Blaise Pascal écrivait déjà :
« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. »
Derrière l’ennui se cache parfois une confrontation à soi-même.
Pourquoi l’ennui favorise-t-il la consommation ?
Les addictions ont souvent une fonction simple : elles remplissent un vide.
L’alcool, le cannabis, les jeux, les écrans ou la pornographie offrent immédiatement :
- une stimulation ;
- une distraction ;
- une occupation ;
- une sensation.
Ils évitent surtout une expérience parfois difficile : celle d’être seul avec soi-même.
Lorsque l’ennui apparaît, la consommation peut devenir une réponse automatique.
Le cerveau apprend progressivement : Ennui = consommation.
Quand l’ennui devient insupportable
Certaines personnes décrivent une difficulté croissante à supporter les temps morts.
Quelques minutes sans stimulation suffisent à créer :
- de l’agitation ;
- de l’impatience ;
- une sensation de vide ;
- une envie de consommer.
Dans une société où les sollicitations sont permanentes, l’ennui devient presque une expérience inhabituelle.
Or les addictions offrent précisément ce que notre cerveau recherche : une récompense rapide et immédiate.
L’ennui cache parfois une autre question
En consultation, l’ennui est rarement le véritable sujet.
Derrière lui se trouvent souvent :
- une solitude ;
- une perte de sens ;
- une difficulté à savoir ce que l’on aime ;
- une faible connaissance de soi ;
- un sentiment de vide intérieur.
Le psychiatre Viktor Frankl décrivait ce phénomène sous le terme de « vide existentiel ».
La personne ne manque pas nécessairement d’activités.
Elle peine parfois à trouver quelque chose qui lui semble véritablement important.
Et si l’ennui n’était pas l’ennemi ?
Notre premier réflexe consiste souvent à vouloir le faire disparaître.
Pourtant, l’ennui peut avoir une fonction utile.
Il signale parfois qu’un besoin n’est pas satisfait.
Il nous oblige à nous poser certaines questions :
- Qu’est-ce qui m’intéresse réellement ?
- Qu’est-ce qui me procure du plaisir ?
- Qu’est-ce qui donne du sens à mes journées ?
- Que suis-je en train d’éviter ?
Ces questions sont souvent plus importantes que la consommation elle-même.
Retrouver du désir
Dans de nombreuses addictions, le problème n’est pas seulement la consommation.
C’est l’appauvrissement progressif des autres sources de satisfaction.
Lorsque tout devient moins intéressant que le produit ou le comportement, la vie perd peu à peu ses nuances.
Le travail thérapeutique consiste alors non seulement à réduire la consommation, mais également à retrouver du désir.
Désirer autre chose.
Investir autre chose.
Découvrir ce qui peut donner envie de se lever autrement que pour soulager un manque ou combler un vide.
En conclusion
L’ennui et l’addiction entretiennent souvent des liens étroits.
La consommation peut devenir une réponse rapide à un vide, à une absence de stimulation ou à une difficulté à être seul avec soi-même.
Mais derrière l’ennui se cache parfois une question plus profonde :
« Qu’est-ce qui me donne réellement envie de vivre ? »
L’accompagnement thérapeutique permet alors de dépasser la seule question de la consommation pour explorer celle du désir, de l’identité et du sens.
Références
- Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
- Pascal, B. (1670). Pensées.
- Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.
- Elpidorou, A. (2018). The Bright Side of Boredom.