« Pourquoi est-ce que je me fais du mal ? »
Cette question apparaît souvent lorsque l’on prend conscience d’une contradiction.
Je sais que cela me fait souffrir, que cela me nuit et que je vais le regretter.
Et pourtant, je recommence.
Cette situation peut concerner de nombreux comportements :
- consommer de l’alcool ou des drogues ;
- retourner dans une relation toxique ;
- jouer de l’argent ;
- se mettre en danger ;
- s’isoler ;
- s’automutiler ;
- repousser ce qui pourrait nous faire du bien.
Face à cette répétition, beaucoup concluent : « Je dois avoir un problème. »
Pourtant, la question mérite souvent d’être reformulée.
Et si je ne cherchais pas à me faire du mal ?
Cette idée peut sembler surprenante.
Mais dans la majorité des situations, les personnes ne cherchent pas consciemment à souffrir.
Elles cherchent plutôt à résoudre quelque chose.
Soulager une angoisse.
Faire taire une pensée.
Échapper à une émotion.
Se sentir vivant.
Ne plus ressentir la solitude.
Retrouver un sentiment de contrôle.
Le problème est que certaines solutions finissent par produire davantage de souffrance que ce qu’elles étaient censées soulager.
Derrière chaque symptôme se trouve une tentative de solution
Cette idée est centrale dans plusieurs approches contemporaines de la psychothérapie.
Lorsqu’une personne boit jusqu’à perdre le contrôle, la question n’est pas uniquement :
« Pourquoi boit-elle ? » Mais aussi : « Que lui apporte l’alcool ? »
Lorsqu’une personne retourne sans cesse vers des relations qui la font souffrir, il peut être utile de se demander :
« Que cherche-t-elle à retrouver ? »
Comprendre la fonction d’un comportement est souvent plus utile que le condamner.
Le psychiatre et psychanalyste Sigmund Freud parlait de « compulsion de répétition ».
Certaines expériences semblent se rejouer sous des formes différentes tout au long de la vie.
Nous pouvons répéter :
- certains choix amoureux ;
- certaines manières de nous traiter ;
- certaines stratégies d’adaptation.
Comme si une partie de nous tentait, encore et encore, de résoudre une difficulté ancienne.
L’auto-sabotage existe-t-il vraiment ?
Le terme est très utilisé aujourd’hui. Pourtant, il est parfois trompeur.
Car il laisse entendre qu’une personne agit volontairement contre ses propres intérêts.
Dans la réalité, les comportements d’auto-sabotage sont souvent des tentatives maladroites de protection.
Ce qui apparaît destructeur aujourd’hui a parfois permis de survivre psychiquement hier.
Quand la souffrance devient familière
Une autre hypothèse mérite d’être explorée.
L’être humain ne recherche pas seulement le plaisir.
Il recherche aussi ce qui lui est familier.
Même lorsque cela le fait souffrir.
Certaines personnes ont grandi dans des environnements où :
- l’amour était instable ;
- les conflits étaient permanents ;
- les besoins émotionnels étaient peu entendus.
À l’âge adulte, elles peuvent alors être attirées par des situations qui reproduisent inconsciemment cette familiarité.
Non parce qu’elles aiment souffrir.
Mais parce que cela leur paraît étrangement connu.
La question du sens
Le psychiatre Viktor Frankl rappelait que l’être humain ne cherche pas uniquement à éviter la souffrance.
Il cherche également à donner un sens à son existence.
Parfois, derrière la question : « Pourquoi est-ce que je me fais du mal ? »
se cache une autre interrogation : « Que suis-je en train d’essayer de résoudre ? »
ou encore : « Qu’est-ce qui me manque pour vivre autrement ? »
En conclusion
Lorsque vous avez le sentiment de vous faire du mal, il peut être tentant de vous juger sévèrement.
Pourtant, derrière la répétition d’un comportement se cache souvent une logique qui mérite d’être comprise.
La question n’est pas toujours : « Pourquoi est-ce que je me détruis ? »
Mais parfois : « Qu’est-ce que j’essaie de réparer avec les moyens dont je dispose aujourd’hui ? »
C’est souvent à partir de cette question que le changement devient possible.
Références
- Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir.
- Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
- Rogers, C. (1961). Le développement de la personne.
- Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel.
