J’ai tout perdu à cause du jeu : comment en suis-je arrivé là ?

« J’ai tout perdu à cause du jeu »

Argent. Confiance. Relations. Temps… Lorsqu’une personne prononce cette phrase, elle ne parle généralement pas uniquement d’argent.

Elle parle aussi des mensonges, des promesses non tenues, des nuits passées à tenter de se refaire, des proches qui ne comprennent plus et parfois de la honte qui finit par envahir le quotidien.

Pourtant, une question revient souvent : Comment ai-je pu en arriver là ?

La réponse ne se trouve pas dans un manque de volonté.

Elle se trouve dans les mécanismes psychologiques particulièrement puissants qui caractérisent les jeux d’argent et de hasard.

Au début, il ne s’agissait pas de tout perdre

La plupart des joueurs ne commencent pas en cherchant à se détruire.

Au départ, le jeu représente souvent :

  • un loisir ;
  • une distraction ;
  • une montée d’adrénaline ;
  • un moment de partage ;
  • l’espoir d’un gain.

Puis, progressivement, quelque chose change.

Le jeu ne sert plus seulement à gagner. Il sert aussi à oublier.

Oublier une difficulté financière, une rupture, un sentiment de solitude, un mal-être ou simplement l’ennui.

Le jeu devient alors une solution psychologique avant de devenir un problème.

« Je vais me refaire »

L’une des croyances les plus fréquentes chez les joueurs en difficulté est l’idée qu’il est possible de récupérer ce qui a été perdu.

Après plusieurs pertes, une pensée apparaît : « Si je rejoue encore un peu, je vais récupérer mon argent. »

Cette croyance semble logique. Pourtant, elle est souvent au cœur du piège.

Le joueur ne joue plus pour gagner. Il joue pour effacer ses pertes.

Et chaque nouvelle perte augmente paradoxalement l’envie de continuer.

Pourquoi continue-t-on à jouer alors que l’on perd ?

Le psychologue B. F. Skinner a montré que les comportements récompensés de manière imprévisible sont particulièrement difficiles à abandonner.

C’est ce que l’on appelle le renforcement intermittent.

Contrairement à une récompense garantie, le gain dans les jeux d’argent est aléatoire.

Et c’est précisément cette incertitude qui rend le comportement si résistant.

Le cerveau reste mobilisé par une idée : « Peut-être que la prochaine fois sera la bonne. »

Le hasard n’a pas de mémoire

Un autre mécanisme fréquent est ce que les chercheurs nomment le biais du joueur.

Après de nombreuses pertes, beaucoup de personnes pensent que le gain devient plus probable.

Par exemple : « Cela fait des semaines que je perds, ça va forcément finir par tomber. »

Pourtant, chaque tirage est indépendant.

La roulette ne sait pas que vous avez perdu hier.

La machine à sous ne cherche pas à compenser vos pertes.

Le hasard n’a aucune mémoire.

Mais notre cerveau, lui, cherche constamment des explications et des régularités.

Le piège du « presque gagné »

Les recherches de Mark Griffiths montrent que les situations de « presque victoire » sont particulièrement puissantes.

Vous perdez. Mais vous perdez de peu.

Le cerveau ne traite pas toujours cela comme un échec complet.

Il se dit : « J’étais tout près. »

Cette sensation entretient l’espoir et renforce l’envie de rejouer.

La chance au prochain tirage

Dans son ouvrage La chance au prochain tirage, Emmanuel de Unzaga décrit comment le joueur reste souvent prisonnier d’une promesse.

La promesse que le prochain tirage pourrait réparer ce qui a été perdu.

Cette réparation ne concerne pas uniquement l’argent.

Elle concerne parfois :

  • l’estime de soi ;
  • le sentiment d’échec ;
  • les regrets ;
  • les erreurs passées ;
  • le besoin de reprendre le contrôle.

Le gain attendu devient alors porteur d’une signification bien plus importante que sa simple valeur financière.

Quand le jeu devient une façon d’espérer

C’est peut-être l’aspect le plus douloureux de cette addiction.

Le jeu ne nourrit pas seulement l’excitation.

Il nourrit aussi l’espoir.

Chaque pari contient une promesse implicite :

« Ma situation pourrait changer. »

Le problème est que cet espoir finit par être confié au hasard plutôt qu’à ses propres actions.

Et plus les pertes augmentent, plus le besoin d’espérer devient parfois intense.

Peut-on se reconstruire après avoir tout perdu ?

Oui.

Mais la reconstruction ne consiste pas uniquement à arrêter de jouer.

Elle implique souvent :

  • comprendre les mécanismes psychologiques qui entretiennent le jeu ;
  • apprendre à gérer autrement ses émotions ;
  • retrouver des sources de plaisir non liées au hasard ;
  • reconstruire des liens de confiance ;
  • redonner une direction à sa vie.

Comme l’a montré Viktor Frankl, l’être humain a besoin de sens autant que de plaisir.

Sortir du jeu consiste souvent à retrouver des raisons d’avancer qui ne dépendent plus du prochain tirage.

En conclusion

Si vous vous dites aujourd’hui :

« J’ai tout perdu à cause du jeu »

sachez que cette phrase ne raconte pas seulement une perte financière.

Elle raconte aussi une souffrance, un espoir déçu et parfois un profond sentiment d’impuissance.

Comprendre comment le jeu a progressivement pris cette place est souvent la première étape pour reprendre le contrôle.

Car derrière la question :

« Comment récupérer ce que j’ai perdu ? »

se cache parfois une question plus importante :

« Comment reconstruire ce qui compte vraiment pour moi ? »

Références

  • De Unzaga, E. La chance au prochain tirage.
  • Griffiths, M. (1995). Adolescent Gambling.
  • Skinner, B. F. (1953). Science and Human Behavior.
  • Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
  • Ladouceur, R. (2004). Le jeu excessif : comprendre et traiter.

Je n’ai plus de motivation : quand plus rien ne fait envie

« Je n’ai plus de motivation »

Cette phrase est devenue l’une des plus fréquentes dans les cabinets de psychologie.

Elle peut prendre différentes formes :

  • « Je n’ai envie de rien. »
  • « Je me force à faire les choses. »
  • « Tout me paraît fade. »
  • « Je n’arrive plus à me projeter. »

Souvent, la personne pense souffrir d’un manque de volonté.

Pourtant, derrière cette perte de motivation se cache parfois une autre réalité : la disparition progressive du désir.

Quand le soulagement remplace le plaisir

Dans de nombreuses addictions, le problème n’est pas uniquement la consommation.

Le problème est ce qu’elle finit par remplacer.

Au départ, l’alcool, le cannabis, la cocaïne, les écrans, les jeux vidéo ou les applications de rencontre procurent du plaisir.

Puis, progressivement, ils remplissent d’autres fonctions :

  • calmer l’anxiété ;
  • réduire la solitude ;
  • atténuer la tristesse ;
  • oublier certaines difficultés ;
  • supporter le quotidien.

La recherche du plaisir laisse alors place à la recherche du soulagement.

Cette évolution est largement décrite dans les travaux de neurosciences de l’addiction, notamment par Nora Volkow et George Koob.

Le produit ou le comportement n’est plus recherché pour se sentir bien.

Il est recherché pour se sentir moins mal.

Je n’ai plus de motivation ou plus rien ne fait envie ?

L’une des conséquences les plus méconnues de l’addiction est l’appauvrissement progressif des sources de satisfaction.

Le cerveau s’habitue à des récompenses rapides, intenses et prévisibles.

À côté, les satisfactions ordinaires deviennent moins stimulantes :

  • lire ;
  • rencontrer des amis ;
  • faire du sport ;
  • développer un projet ;
  • construire une relation.

Certaines personnes décrivent alors un sentiment étrange :

« Je sais ce qui me ferait du bien, mais je n’ai plus envie de le faire. »

Cette situation génère souvent de la culpabilité.

Pourtant, il ne s’agit pas nécessairement d’un manque de volonté.

Il s’agit parfois d’un système de motivation qui s’est progressivement réorganisé autour d’une seule source de soulagement.

Le piège de notre époque

Le sociologue et philosophe Alain Ehrenberg décrit notre époque comme celle de « la fatigue d’être soi ».

Nous sommes encouragés à être performants, épanouis, autonomes et heureux.

Lorsque nous n’y parvenons pas, nous avons tendance à conclure : « Je suis le problème. »

Mais la perte de motivation n’est pas toujours un défaut personnel.

Elle peut être le signal d’un épuisement, d’une souffrance psychique ou d’un mode de fonctionnement devenu trop centré sur le soulagement immédiat.

Et si le problème n’était pas la motivation ?

Une autre hypothèse mérite d’être explorée.

Et si vous n’aviez pas perdu votre motivation ?

Et si vous aviez perdu de vue ce qui donne du sens à vos efforts ?

Le psychiatre Viktor Frankl observait que l’être humain a besoin d’un sentiment de direction autant que de plaisir.

Lorsque la question du sens disparaît, la motivation finit souvent par s’effondrer à son tour.

Certaines addictions peuvent alors devenir une tentative de remplir ce vide.

Non pas parce que la personne manque de volonté.

Mais parce qu’elle ne sait plus vers quoi orienter son énergie.

Retrouver le désir

En consultation, la question n’est pas toujours : « Comment retrouver la motivation ? »

Mais parfois :

« Qu’est-ce qui me fait encore vibrer ? »

« Qu’est-ce qui compte réellement pour moi ? »

« Qui suis-je lorsque je ne consomme pas ? »

Ces questions peuvent sembler simples.

Elles sont pourtant au cœur du changement.

Car sortir d’une addiction ne consiste pas uniquement à retirer un produit ou un comportement.

Il s’agit aussi de reconstruire une vie suffisamment riche pour ne plus avoir besoin de s’y réfugier.

En conclusion

Lorsque plus rien ne vous fait envie sauf ce qui vous soulage, le problème n’est pas forcément un manque de motivation.

Il peut s’agir d’une conséquence de l’addiction, d’un épuisement psychologique ou d’une perte de sens.

La question n’est alors plus seulement : « Comment retrouver ma motivation ? »

Mais peut-être : « Vers quoi ai-je envie d’orienter ma vie ? »

C’est souvent à cet endroit que commence le véritable changement.

Références

  • Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.
  • Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
  • Koob, G. F., & Volkow, N. D. (2016). Neurobiology of addiction.
  • Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel.

Selon mes proches, je bois beaucoup : dois-je m’inquiéter ?

« Mes proches me disent que je bois beaucoup, mais moi je ne trouve pas »

Il est fréquent que la première alerte concernant l’alcool ne vienne pas de soi-même, mais de son entourage.

Un conjoint, un ami, un parent ou un collègue peut faire remarquer que la consommation d’alcool semble prendre une place importante. Cette remarque est souvent difficile à entendre. Elle peut être vécue comme un jugement, une intrusion ou une exagération.

Pourtant, lorsque plusieurs personnes expriment la même inquiétude, il peut être utile de s’interroger.

Pourquoi est-il si difficile d’évaluer sa propre consommation ?

L’alcool occupe une place particulière dans notre société. Il accompagne les repas, les fêtes, les moments de détente ou les périodes de stress.

Avec le temps, certaines habitudes peuvent s’installer progressivement :

  • un verre pour se détendre le soir ;
  • plusieurs apéritifs chaque week-end ;
  • une consommation plus importante lors des périodes difficiles ;
  • une augmentation progressive des quantités sans réellement s’en rendre compte.

Ce phénomène s’apparente à de la normalisation. Ce qui paraissait exceptionnel devient peu à peu habituel.

Boire beaucoup signifie-t-il être alcoolique ?

Non. La consommation d’alcool ne se résume pas à une opposition entre « alcoolique » et « non alcoolique ».

La question la plus pertinente est souvent : Quelle place l’alcool occupe-t-il dans votre vie ?

Plusieurs signes peuvent inviter à la réflexion :

  • vous avez du mal à vous passer d’alcool dans certaines situations ;
  • vous buvez davantage que prévu ;
  • vous culpabilisez après certaines consommations ;
  • vos proches expriment régulièrement leur inquiétude ;
  • vous utilisez l’alcool pour gérer le stress, la solitude ou les émotions difficiles ;
  • vous avez déjà essayé de réduire sans y parvenir durablement.

Quand les proches deviennent un miroir

L’entourage n’a pas toujours raison. Certaines remarques peuvent être excessives ou influencées par des expériences personnelles.

Cependant, lorsque plusieurs personnes de confiance soulignent une même difficulté, leur regard peut constituer un signal d’alerte précieux.

Les proches observent souvent des changements que la personne concernée peine à percevoir :

  • irritabilité ;
  • fatigue ;
  • isolement ;
  • difficultés relationnelles ;
  • augmentation progressive des quantités consommées.

Leur inquiétude n’est pas nécessairement une accusation. Elle peut traduire une préoccupation sincère.

Une question simple à se poser

Plutôt que de chercher immédiatement à savoir si vous êtes dépendant, posez-vous cette question :

« Si je décidais aujourd’hui de réduire ma consommation pendant plusieurs semaines, à quel point cela me semblerait-il facile ? »

La réponse apporte souvent davantage d’informations que les étiquettes ou les diagnostics.

Consulter ne signifie pas arrêter définitivement

De nombreuses personnes hésitent à consulter parce qu’elles craignent d’être jugées ou contraintes à l’abstinence.

En réalité, une consultation permet avant tout de faire le point.

L’objectif peut être :

  • comprendre sa consommation ;
  • réduire les risques ;
  • retrouver une plus grande liberté ;
  • diminuer les quantités ;
  • ou envisager un arrêt lorsque cela paraît nécessaire.

Chaque situation est unique et mérite d’être abordée sans jugement.

En conclusion

Si vos proches vous disent régulièrement que vous buvez beaucoup, il n’est pas forcément nécessaire de paniquer. En revanche, il peut être utile de prendre leur inquiétude au sérieux.

Parfois, une simple discussion avec un professionnel permet de mieux comprendre ce qui se joue derrière la consommation et d’éviter que les difficultés ne s’installent durablement.

Sarah Maazouz
Psychologue en addictologie à Nice
Consultations en cabinet et en téléconsultation

J’ai peur d’arrêter mon traitement : suis-je devenu dépendant ?

« Et si je rechutais ? »
« Je ne me sens pas prêt. »
« Je prends ce traitement depuis tellement longtemps que je ne sais plus qui je serais sans lui. »

Ces questions, je les entends régulièrement en consultation. Lorsqu’un traitement psychotrope accompagne une personne depuis plusieurs mois ou plusieurs années, l’idée de l’arrêter peut devenir source d’angoisse.

Mais avoir peur d’arrêter son traitement signifie-t-il forcément que l’on est devenu dépendant ?

La réponse est plus nuancée.

Avoir peur d’arrêter son traitement ne signifie pas forcément être dépendant

Lorsqu’un traitement a permis de traverser une période difficile, il est normal de développer un sentiment de sécurité à son égard.

Après un épisode dépressif, un trouble anxieux, des attaques de panique ou un burn-out, le médicament peut avoir représenté une aide précieuse. Il a parfois permis de retrouver le sommeil, de diminuer l’anxiété ou simplement de retrouver suffisamment d’énergie pour reprendre le cours de sa vie.

La peur de l’arrêt peut alors être liée à plusieurs facteurs :

  • la peur de revivre les symptômes ;
  • la peur de perdre un équilibre retrouvé ;
  • le manque de confiance en ses propres capacités ;
  • l’incertitude face à l’avenir.

Dans ce cas, il ne s’agit pas nécessairement d’une addiction.

Dépendance, habitude ou besoin thérapeutique ?

Ces trois notions sont souvent confondues.

Une personne peut :

  • avoir besoin d’un traitement parce que sa situation clinique le justifie ;
  • avoir développé une habitude rassurante ;
  • ou présenter une véritable dépendance.

La dépendance se caractérise généralement par une perte de contrôle, une recherche compulsive du produit ou une augmentation progressive des doses malgré les conséquences négatives.

Ce n’est pas parce qu’un médicament est utile qu’il crée automatiquement une addiction.

Le médicament est-il une béquille ?

J’utilise souvent cette image avec mes patients.

Lorsqu’une personne se fracture la jambe, les béquilles sont indispensables pendant un temps. Elles permettent de se déplacer, de se protéger et de favoriser la guérison.

En revanche, l’objectif n’est pas de conserver les béquilles toute sa vie.

Les traitements psychotropes peuvent parfois jouer un rôle similaire : ils soutiennent, stabilisent et permettent à la personne de retrouver suffisamment de disponibilité psychique pour effectuer un travail sur elle-même.

La question n’est donc pas de savoir si la béquille est bonne ou mauvaise.

La véritable question est :

« Est-ce que je développe progressivement les ressources qui me permettront de marcher sans elle ? »

Le risque de tout attendre du médicament

Lorsqu’une souffrance psychique dure depuis longtemps, il est tentant d’espérer qu’un traitement règle à lui seul les difficultés.

Pourtant, les médicaments ne modifient pas directement :

  • l’estime de soi ;
  • les blessures relationnelles ;
  • les schémas affectifs répétitifs ;
  • les traumatismes ;
  • les difficultés à poser des limites ;
  • la peur du rejet ou de l’abandon.

Ils peuvent réduire les symptômes, mais ils ne remplacent pas le travail psychologique nécessaire à une transformation durable.

Pourquoi certaines personnes n’arrivent-elles pas à arrêter ?

Parfois, la difficulté ne vient pas du médicament lui-même. Elle vient de ce que l’arrêt représente symboliquement.

Arrêter un traitement peut signifier :

  • accepter de reprendre confiance en soi ;
  • faire face à certaines peurs ;
  • reconnaître certaines blessures encore présentes ;
  • se confronter à l’incertitude.

Autrement dit, ce n’est pas toujours le comprimé que l’on craint de perdre, mais la sécurité qu’il représente.

Une décision qui ne doit jamais être prise seul

L’arrêt ou la diminution d’un traitement doit toujours être discuté avec le médecin prescripteur ou le psychiatre.

Certains médicaments nécessitent un sevrage progressif afin d’éviter des symptômes de rebond ou de sevrage.

L’objectif n’est jamais de supprimer un traitement à tout prix.

L’objectif est de construire progressivement suffisamment de stabilité pour que le traitement occupe la place qui lui revient : celle d’un outil au service de la personne, et non celle d’un unique moyen de tenir debout.

Psychothérapie et traitement : une alliance plutôt qu’une opposition

Dans les situations de souffrance psychique, opposer médicament et psychothérapie est souvent une erreur.

L’expérience clinique montre que ces deux approches sont fréquemment complémentaires.

Le traitement peut aider à diminuer l’intensité des symptômes tandis que la psychothérapie permet de comprendre les mécanismes qui entretiennent la souffrance et de développer de nouvelles ressources pour y faire face.

Comme le rappelle régulièrement le psychiatre niçois Jérôme Palazzolo dans ses travaux consacrés aux troubles anxieux et aux thérapies comportementales et cognitives, le traitement médicamenteux constitue souvent une aide précieuse, mais il s’inscrit idéalement dans une prise en charge globale intégrant les dimensions psychologiques, comportementales et relationnelles.

En conclusion

Si vous avez peur d’arrêter votre traitement, cela ne signifie pas nécessairement que vous êtes dépendant.

Cette peur peut être le signe d’un besoin de sécurité, d’un manque de confiance en vos ressources actuelles ou de la crainte de voir réapparaître une souffrance passée.

L’enjeu n’est pas de supprimer un traitement coûte que coûte, mais de comprendre la place qu’il occupe dans votre vie et de développer progressivement les ressources qui vous permettront de retrouver davantage d’autonomie.

Références

American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR).

Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel : aider la personne à engager le changement. InterÉditions.

Beck, J. S. (2020). Thérapie cognitive et troubles émotionnels. De Boeck.

Palazzolo, J. (2018). Les thérapies comportementales et cognitives. Elsevier Masson.

National Institute for Health and Care Excellence (NICE). (2022). Medicines associated with dependence or withdrawal symptoms.

J’arrive pas à arrêter la cocaïne : pourquoi est-ce si difficile ?

« J’arrive pas à arrêter la cocaïne. » Cette phrase est souvent prononcée avec beaucoup de honte, de découragement et d’incompréhension.

De nombreuses personnes ont déjà tenté de réduire leur consommation, de se fixer des limites ou d’arrêter complètement. Pourtant, malgré leur motivation, elles finissent parfois par reprendre.

Cette situation ne signifie pas un manque de volonté. Elle révèle souvent la puissance des mécanismes psychologiques et biologiques impliqués dans l’addiction.

Pourquoi la cocaïne est-elle si difficile à arrêter ?

La cocaïne agit directement sur les circuits cérébraux de la récompense.

Pendant quelques heures, elle peut procurer une sensation d’énergie, de confiance en soi, de puissance ou d’euphorie.

Le cerveau enregistre rapidement ces effets comme quelque chose de particulièrement bénéfique.

Progressivement, l’envie de retrouver ces sensations peut devenir très présente, même lorsque la personne connaît les conséquences négatives de sa consommation.

« Je contrôle pourtant ma consommation »

De nombreuses personnes qui consomment de la cocaïne travaillent, ont une vie sociale et assument leurs responsabilités.

Cette réalité peut rendre les impasses plus difficiles à reconnaître.

L’absence de conséquences visibles ne signifie pas nécessairement l’absence de souffrance.

Certaines personnes passent beaucoup de temps à penser à leur prochaine consommation, à récupérer après une soirée ou à lutter contre des envies récurrentes.

Pourquoi je reprends alors que je voulais arrêter ?

Les rechutes sont fréquentes dans les addictions.

Elles surviennent souvent dans certaines situations :

  • stress professionnel ;
  • fatigue importante ;
  • conflits relationnels ;
  • soirées festives ;
  • sentiment de solitude ;
  • recherche de performance ou de confiance en soi.

La consommation répond alors à une fonction psychologique précise.

Comprendre cette fonction est souvent plus utile que de se concentrer uniquement sur le produit lui-même.

La cocaïne cache parfois une autre difficulté

Dans de nombreuses situations, la cocaïne n’est pas le problème principal.

Elle constitue plutôt une tentative de réponse à une souffrance plus profonde.

Certaines personnes cherchent à lutter contre l’anxiété.

D’autres tentent de dépasser un manque de confiance en elles, un sentiment de vide ou une pression constante de performance.

La consommation devient alors une solution efficace à court terme, mais coûteuse à long terme.

Quand demander de l’aide ?

Il n’est pas nécessaire d’attendre une perte de contrôle totale pour consulter.

Le simple fait de se répéter « j’arrive pas à arrêter la cocaïne » peut déjà être un signal important.

Une prise en charge psychologique permet d’identifier les situations à risque, de comprendre les mécanismes qui entretiennent la consommation et de développer d’autres stratégies pour faire face aux difficultés du quotidien.

En résumé

Si vous avez l’impression de ne pas réussir à arrêter la cocaïne malgré vos efforts, vous n’êtes pas seul.

Les addictions ne sont pas uniquement une question de volonté. Elles impliquent des habitudes, des émotions, des besoins psychologiques et des mécanismes cérébraux complexes.

Comprendre ce qui maintient la consommation constitue souvent la première étape vers un changement durable.

Sarah Maazouz est psychologue clinicienne à Nice. Elle accompagne les adolescents et les adultes confrontés aux addictions, notamment à la cocaïne, à l’alcool et au cannabis, en cabinet ou en téléconsultation.

Honte et alcool : pourquoi est-il si difficile d’en parler ?

« Je sais que je bois trop, mais je n’ose en parler à personne. » Cette phrase revient souvent chez les personnes qui rencontrent des difficultés avec l’alcool. Bien avant les conséquences physiques ou médicales, beaucoup souffrent en silence d’un sentiment particulièrement douloureux : la honte.

Cette honte peut devenir un véritable obstacle à la demande d’aide et contribuer à maintenir la consommation.

Pourquoi l’alcool provoque-t-il autant de honte ?

Contrairement à d’autres difficultés psychologiques, les problèmes liés à l’alcool sont souvent associés à des jugements moraux.

Dans l’imaginaire collectif, une personne qui boit trop est parfois perçue comme faible, irresponsable ou incapable de se contrôler.

Ces représentations sont pourtant très éloignées de la réalité clinique.

La consommation excessive d’alcool est généralement liée à une souffrance, à des difficultés émotionnelles ou à des stratégies de régulation qui se sont progressivement installées au fil du temps.

Pourtant, de nombreuses personnes finissent par intégrer ces jugements et développent une image très négative d’elles-mêmes.

La différence entre la culpabilité et la honte face à l’alcool

En psychologie, il est important de distinguer la culpabilité de la honte.

La culpabilité concerne un comportement : « J’ai fait quelque chose que je regrette. »

La honte touche l’identité : « Je suis quelqu’un de mauvais. »

Cette nuance est essentielle. Une personne qui se sent coupable peut chercher à réparer ou à changer.

Une personne envahie par la honte risque davantage de se cacher, de s’isoler et d’éviter toute demande d’aide.

Quand la stigmatisation entretient la consommation

La stigmatisation désigne l’ensemble des préjugés et des discriminations qui touchent certaines personnes ou certains groupes.

Les troubles liés à l’alcool restent aujourd’hui fortement stigmatisés.

Certaines personnes craignent d’être jugées par leur entourage, leur famille ou leurs collègues.

D’autres redoutent d’être réduites à leur consommation.

Cette peur du regard des autres peut conduire à dissimuler les difficultés rencontrées.

Paradoxalement, plus la personne se cache, plus elle se retrouve seule face à sa souffrance.

Et plus la solitude augmente, plus l’alcool risque de devenir une solution temporaire pour apaiser cette détresse.

« Si j’avais plus de volonté, j’arrêterais »

Cette idée est particulièrement fréquente.

Pourtant, les addictions ne se résument pas à un manque de volonté.

Les comportements addictifs sont influencés par de nombreux facteurs : histoire personnelle, émotions, stress, habitudes, environnement, relations ou événements de vie.

Réduire les difficultés liées à l’alcool à une simple question de volonté contribue souvent à renforcer la honte plutôt qu’à favoriser le changement.

Sortir du silence

L’une des premières étapes consiste souvent à pouvoir parler librement de sa consommation.

Sans jugement, étiquette ou pression.

.Comprendre ce que l’alcool apporte, ce qu’il soulage et ce qu’il masque permet souvent d’engager un véritable travail thérapeutique.

La question n’est pas seulement « combien je bois ? » mais aussi « qu’est-ce que l’alcool m’aide à supporter ? ».

En résumé

La honte liée à l’alcool est une souffrance fréquente mais souvent invisible.

Lorsqu’elle s’installe, elle peut empêcher de demander de l’aide et renforcer l’isolement.

Reconnaître cette honte ne signifie pas l’accepter comme une vérité sur soi-même.

Au contraire, cela peut constituer le début d’une démarche plus bienveillante et plus lucide envers sa propre histoire.

Sarah Maazouz est psychologue clinicienne à Nice. Elle accompagne les adolescents et les adultes confrontés aux addictions, aux difficultés émotionnelles et aux problématiques de confiance en soi, en cabinet ou en téléconsultation.

Je bois trop : dois-je m’inquiéter ?

« Ce n’est qu’un verre pour décompresser. » Puis deux. Puis trois. Et finalement, sans vraiment s’en rendre compte, boire le soir devient une habitude quotidienne. Si vous vous dites régulièrement « je bois trop tous les soirs », il est probable qu’une partie de vous s’interroge déjà sur votre relation à l’alcool.

Pourquoi je bois tous les soirs ?

L’alcool est souvent utilisé comme une solution rapide pour soulager une difficulté. Certaines personnes boivent pour se détendre, notamment après une journée stressante. D’autres pour calmer l’anxiété, la solitude, l’ennui ou les pensées qui tournent en boucle.

Au début, l’alcool procure un soulagement réel. Le problème est que le cerveau apprend progressivement à associer le soir et l’alcool. Boire devient alors un automatisme.

Est-ce que boire tous les soirs veut dire que je suis alcoolique ?

Pas nécessairement. La dépendance ne se résume pas au nombre de verres consommés. Certaines questions peuvent néanmoins vous aider à faire le point :

  • Avez-vous déjà essayé de réduire sans y parvenir ?
  • Pensez-vous souvent à votre consommation dans la journée ?
  • Ressentez-vous une frustration lorsque vous ne pouvez pas boire ?
  • Votre consommation augmente-t-elle progressivement ?
  • Cachez-vous parfois la quantité réellement consommée ?

Plus ces situations sont présentes, plus il est important de s’interroger sur votre rapport à l’alcool.

Pourquoi est-il si difficile d’arrêter ?

Beaucoup de personnes pensent manquer de volonté. En réalité, la situation est souvent plus complexe.

Lorsque l’alcool devient le principal moyen de gérer le stress, les émotions ou le mal-être, arrêter revient à perdre une stratégie de régulation psychologique.

Le véritable travail ne consiste donc pas uniquement à supprimer l’alcool. Il consiste également à comprendre ce que l’alcool vient apaiser.

Quand faut-il demander de l’aide ?

Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne catastrophique. Plus la prise en charge est précoce, plus le changement est généralement facile.

Consulter un psychologue permet d’explorer les mécanismes qui entretiennent la consommation, sans jugement ni culpabilisation. L’objectif n’est pas d’imposer une abstinence à tout prix, mais de retrouver davantage de liberté dans sa relation à l’alcool.

En résumé

Si vous vous répétez régulièrement « je bois trop tous les soirs », cette question mérite probablement d’être entendue.

La consommation d’alcool n’est pas seulement une question de quantité. Elle raconte souvent quelque chose de notre manière de faire face aux difficultés, aux émotions ou à la solitude.

Prendre le temps de comprendre cette relation peut constituer une première étape vers un changement durable.

Cet article s’inscrit dans notre série consacrée aux addictions : des solutions qui soulagent mais qui peuvent progressivement enfermer.

Addiction aux applications de rencontres

Vous ouvrez Tinder, Bumble ou Hinge quelques minutes avant de dormir. Puis quelques minutes deviennent une heure. Vous supprimez l’application, avant de la réinstaller quelques jours plus tard. Vous attendez les matchs, les messages, les notifications. Et lorsque rien n’arrive, un sentiment de vide ou de frustration apparaît. Seriez vous en situation d’addiction aux applications de rencontres ?

Si cette situation vous parle, vous n’êtes pas seul(e).

Les applications de rencontres occupent aujourd’hui une place importante dans la vie relationnelle de nombreuses personnes. Pour certains utilisateurs, elles deviennent cependant bien plus qu’un simple outil de rencontre : elles peuvent prendre une place excessive, envahissante, voire addictive.

Peut-on être addict à Tinder, Bumble ou Hinge ?

Même si l’addiction aux applications de rencontres n’est pas reconnue comme un diagnostic psychiatrique à part entière, de nombreux spécialistes observent des mécanismes proches de ceux retrouvés dans les addictions comportementales.

Comme les réseaux sociaux ou les jeux d’argent, ces applications reposent sur des systèmes conçus pour capter l’attention :

  • notifications régulières ;
  • récompenses imprévisibles ;
  • sentiment d’anticipation ;
  • recherche de validation sociale ;
  • possibilité de renouveler constamment les interactions.

Le cerveau apprend progressivement à rechercher ces récompenses, ce qui peut entraîner une utilisation compulsive.

Addiction aux applications de rencontres, les signes

Certains comportements peuvent alerter :

  • Vous pensez régulièrement à l’application :
    • Vous consultez Tinder ou Bumble dès le réveil, pendant les pauses ou avant de vous coucher.
  • Vous avez du mal à limiter votre utilisation
    • Vous aviez prévu de rester cinq minutes mais vous passez finalement plusieurs heures à faire défiler les profils.
  • Vous supprimez puis réinstallez l’application
    • Vous décidez d’arrêter, mais revenez rapidement dessus malgré votre intention initiale.
  • Votre estime de vous dépend des matchs
    • Le nombre de likes, de matchs ou de messages influence directement votre humeur et votre confiance en vous.
  • Les rencontres réelles deviennent secondaires
    • Le plaisir semble davantage lié au fait de swiper, matcher ou discuter qu’à la construction d’une relation concrète.

Pourquoi ces applications de rencontre peuvent-elles devenir addictives ?

Le fonctionnement des applications de rencontres repose sur un principe psychologique bien connu : le renforcement intermittent.

Autrement dit, vous ne savez jamais quand arrivera le prochain match ou le prochain message intéressant.

Cette imprévisibilité stimule fortement les circuits de récompense du cerveau. C’est le même mécanisme que l’on retrouve dans certaines addictions comportementales.

Cependant, réduire le problème à une simple question de dopamine serait insuffisant.

Dans ma pratique clinique, l’utilisation excessive des applications de rencontres est souvent liée à des enjeux plus profonds :

  • peur de la solitude ;
  • dépendance affective ;
  • besoin de validation ;
  • difficultés d’estime de soi ;
  • blessures relationnelles anciennes ;
  • peur de l’engagement ou de l’intimité.

L’application devient alors une tentative de répondre à une souffrance plus profonde.

Quand la recherche d’amour devient une source de souffrance

De nombreuses personnes ne recherchent pas uniquement une rencontre.

Elles recherchent parfois :

  • la preuve qu’elles plaisent ;
  • le sentiment d’exister dans le regard de l’autre ;
  • une manière d’apaiser un vide intérieur ;
  • une validation permanente de leur valeur.

Le problème est que cette satisfaction reste souvent temporaire.

Le soulagement apporté par un match ou un message disparaît rapidement, laissant place au besoin d’obtenir une nouvelle validation.

Le cycle recommence alors.

Comment sortir d’une relation addictive aux applications de rencontres ?

La première étape consiste à observer votre utilisation sans jugement.

Quelques questions peuvent être utiles :

  • Combien de temps passez-vous réellement sur ces applications ?
  • Que ressentez-vous lorsque vous ne les utilisez pas ?
  • Cherchez-vous à rencontrer quelqu’un ou à vous sentir rassuré(e) ?
  • Les applications améliorent-elles réellement votre vie relationnelle ?

Lorsque l’utilisation devient source de souffrance, un accompagnement psychologique peut permettre d’identifier les mécanismes sous-jacents et de développer d’autres façons de répondre à ses besoins affectifs.

L’objectif n’est pas nécessairement de supprimer les applications, mais de retrouver une utilisation libre et choisie.

Consultation psychologique à Nice

Psychologue clinicienne spécialisée en addictologie à Nice, j’accompagne les personnes confrontées aux addictions avec substances ainsi qu’aux addictions comportementales, à la dépendance affective, aux difficultés relationnelles et aux problématiques d’estime de soi.

Chaque situation est unique. Le travail thérapeutique vise à comprendre ce qui se joue derrière le symptôme afin de construire des solutions durables et adaptées à votre histoire.

Prendre rendez-vous :
Cabinet à Nice ou téléconsultation.

Cet article s’inscrit dans la thématique : « Addictions : des solutions qui soulagent mais enferment ».

Pourquoi j’ai ces pensées dans ma tête : les pensées automatiques

Les pensées automatiques constituent un point d’entrée central : elles sont accessibles, observables (au moins partiellement) et directement reliées à l’intensité émotionnelle et aux conduites qui maintiennent la difficulté.

L’objectif n’est pas de “penser positif”, ni de “supprimer les pensées” mais d’améliorer votre flexibilité cognitive : repérer une cognition, la mettre à distance, l’évaluer et construire une alternative plus réaliste et plus fonctionnelle, puis la tester comportementalement.

Définition clinique : ce que les TCC(E) entendent par “pensée automatique”

Les pensées automatiques sont des cognitions spontanées, rapides, souvent non verbalisées au départ, qui apparaissent en réaction à une situation interne ou externe et qui orientent :

  • l’évaluation de la situation (danger, perte, rejet, injustice, honte…)
  • l’émotion (anxiété, tristesse, colère, culpabilité, honte…)
  • la réponse physiologique (tension, tachycardie, oppression…)
  • les conduites (évitement, contrôle, recherche de réassurance, agressivité, consommation, retrait…)

Elles sont dites “automatiques” non parce qu’elles sont irrationnelles mais parce qu’elles sont déclenchées sans effort conscient, sous forme de raccourcis interprétatifs.

Modèle fonctionnel TCC(E) : situation–cognition–réponse

En TCC(E), on travaille souvent à partir d’une analyse en chaîne :

Situation (stimulus) → Cognition → Émotion → Physiologie → Comportement → Conséquences

Exemple clinique fréquent :

  • Situation : “Je reçois un message bref du responsable : ‘On doit parler.’”
  • Pensée automatique : “J’ai fait une erreur. Je vais me faire recadrer.”
  • Émotion : anxiété (80/100), honte (60/100)
  • Physiologie : nœud dans l’estomac, tension, agitation
  • Comportement : rumination, recherche d’indices, évitement, mails d’explication, réassurance
  • Conséquence court terme : soulagement temporaire
  • Conséquence long terme : maintien de la menace perçue, baisse de confiance, augmentation de la vigilance

Clinique : on ne “corrige pas une pensée” en l’air. On travaille sur ce qui maintient le problème : l’interprétation + la stratégie de coping associée.

Fonction des pensées automatiques : tentatives de régulation

C’est là que beaucoup de patients se trompent : ils veulent se débarrasser des pensées.
En TCC(E), on considère plutôt qu’elles ont une fonction :

  • réduire l’incertitude (“si j’anticipe le pire, je suis prêt”)
  • prévenir la honte (“si je me critique avant, je ne serai pas surpris”)
  • éviter une douleur relationnelle (“si je m’attache, je souffrirai”)
  • contrôler une sensation interne (“si je vérifie, je me calme”)

Problème : ces fonctions deviennent coûteuses, car elles entraînent des comportements de maintien (évitement, contrôle, réassurance, rumination).

Repérage clinique : comment identifier une pensée automatique en séance

Les pensées automatiques sont souvent accessibles via :

  • le pic émotionnel (“à quel moment ça monte ?”)
  • la réaction corporelle (“qu’est-ce qui se passe dans votre corps ?”)
  • l’impulsion comportementale (“qu’est-ce que vous avez eu envie de faire ?”)
  • la question ciblée : “À cet instant précis, qu’est-ce que ça disait dans votre tête ?”
    ou “Qu’est-ce que ça signifierait si c’était vrai ?”

Indices de pensées automatiques rigides :

  • usage de toujours/jamais, certitude élevée
  • lecture de pensée (“il pense que…”)
  • anticipation de scénarios (“ça va finir en…”)
  • formulation identitaire (“je suis nul/le”, “je suis un poids”)

Distorsions cognitives et restructuration cognitive

Les “distorsions” ne sont pas une pathologie : c’est une manière de décrire des biais fréquents quand l’émotion est élevée.

  • Catastrophisme : surestimation de la gravité/probabilité
  • Lecture de pensée / intentionnalité : inférer l’esprit d’autrui
  • Surgénéralisation : 1 événement = règle globale
  • Tout-ou-rien : polarisation, absence de gradation
  • Disqualification du positif : invalidation des données congruentes
  • Personnalisation : attribution interne excessive

Clinique : ces biais sont particulièrement actifs en anxiété sociale, troubles anxieux, dépression, TCA, addictions (via honte, auto-dévalorisation, urgence émotionnelle).

La restructuration cognitive n’est pas “se raisonner”.
C’est une méthode structurée pour passer de :

  • croyance non testée → à → hypothèse testable
  • certitude émotionnelle → à → évaluation probabiliste
  • pensée absolue → à → formulation nuancée et actionnable

Outil clinique : fiche de restructuration en 7 étapes

1) Situation (factuelle, contextualisée)
“Réunion. On me coupe la parole.”

2) Émotions (0–100) + physiologie
Colère 70, honte 40. Tension thoracique.

3) Pensée(s) automatique(s) verbatim
“Ils ne me respectent pas.” / “Je suis invisible.”

4) Degré de croyance (0–100)
Je le crois à 85.

5) Éléments qui soutiennent (données POUR)
“On m’a interrompu 2 fois.”

6) Éléments alternatifs (données CONTRE / autres hypothèses)
“Le rythme était serré.” “X coupe tout le monde.” “J’ai pu finir mon idée.”

7) Pensée alternative (réaliste, crédible, fonctionnelle)
“Je n’aime pas être interrompu, mais ça ne prouve pas que je n’ai aucune valeur. Je peux reprendre la parole de façon assertive.”

Critère clinique : l’alternative doit être croyable, sinon elle ne modifie pas la réponse émotionnelle.

L’étape souvent oubliée : la validation comportementale (tests d’hypothèses)

Sans expérimentation, on reste au niveau intellectuel.
En TCC(E), on associe souvent restructuration + action :

  • poser une question factuelle (“Tu voulais dire quoi par…?”)
  • pratiquer une réponse assertive
  • réduire une conduite de contrôle (moins vérifier, moins demander)
  • maintenir l’exposition à l’incertitude (ne pas résoudre tout de suite)

Le patient apprend par expérience : “Je peux tolérer l’incertitude”, “Je peux faire face”, “Ma prédiction n’était pas systématiquement vraie”.

Quand ça ne bouge pas : hypothèse cliniques

Si malgré un travail correct sur les pensées automatiques :

  • l’émotion ne baisse pas,
  • ou la pensée revient “comme une évidence”,
  • ou l’alternative est jugée immédiatement “fausse”,

on suspecte un niveau plus profond :

  • règles conditionnelles : “Si je ne suis pas parfait, je serai rejeté.”
  • croyances centrales : “Je suis incompétent(e)”, “Je ne mérite pas”
  • schémas (abandon, honte, exigences élevées, méfiance…)

Là, le travail devient plus longitudinal (ex : travail sur schémas, exposition émotionnelle, consolidation comportementale, auto-compassion structurée, etc.).

En bref

Les pensées automatiques sont un niveau d’analyse central en TCC(E) car elles relient une situation à une réponse émotionnelle et comportementale. Les identifier, les évaluer et les tester permet généralement :

  • une diminution de l’intensité émotionnelle,
  • une réduction des conduites de maintien (évitement, contrôle, réassurance),
  • une augmentation de la flexibilité et du sentiment d’efficacité personnelle.

L’objectif n’est pas le contrôle mental, mais la mise en mouvement : moins subir ses interprétations, plus choisir ses actions.

Si vos pensées automatiques déclenchent anxiété, ruminations, évitement ou perte de confiance, un accompagnement en TCC(E) peut vous aider à identifier les mécanismes de maintien et à construire des stratégies de changement concrètes.

J’ai envie de consommer malgré l’arrêt

J’ai arrêté de consommer, mais je ressens encore une envie de consommer après l’arrêt.
La consommation n’est plus là, pourtant quelque chose persiste : une pensée, une tension, une envie qui revient par moments, parfois sans raison évidente.

Cette envie de consommer après l’arrêt inquiète souvent.
Elle fait surgir des questions :
Est-ce que j’ai vraiment arrêté ? Est-ce normal d’avoir encore envie ? Est-ce que ça veut dire que je vais rechuter ?

Avoir une envie de consommer après l’arrêt ne signifie pas que l’arrêt est un échec.
Cela dit quelque chose du processus en cours et de ce que la consommation venait soutenir auparavant.

Avoir encore envie après l’arrêt : est-ce normal ?

Oui. Avoir encore envie de consommer après l’arrêt est fréquent et normal.

Arrêter un produit ou un comportement ne signifie pas que tout ce qui y était associé disparaît immédiatement.
L’envie ne dit pas que l’arrêt est raté.
Elle dit que le besoin qui était soutenu par la consommation existe encore, au moins en partie.

Pourquoi l’envie ne disparaît pas avec l’arrêt

Quand je consommais, la consommation remplissait une fonction précise :
apaiser, calmer, couper, tenir, anesthésier, réguler.

En arrêtant, je retire le moyen, mais le besoin, lui, ne s’efface pas automatiquement.

L’envie apparaît souvent quand :

  • une émotion déborde
  • une tension interne monte
  • un vide se fait sentir
  • une fatigue psychique s’installe

L’envie n’est pas un caprice.
C’est un signal.

L’envie n’est pas une rechute

Beaucoup de personnes confondent : avoir envie et rechuter

Avoir envie de consommer ne signifie pas consommer.
L’envie peut exister sans passage à l’acte.

La confondre avec une rechute alimente la culpabilité et le découragement,
alors qu’elle fait partie du processus de maintien après l’arrêt.

Pourquoi l’envie revient à certains moments précis

L’envie ne surgit pas n’importe quand.
Elle apparaît souvent dans des contextes particuliers :

  • stress
  • solitude
  • ennui
  • fatigue
  • conflits
  • surcharge émotionnelle

Ces moments étaient auparavant gérés par la consommation.
Sans elle, l’envie revient comme une proposition automatique.

Avoir envie ne signifie pas manquer de volonté

Beaucoup de personnes se disent :
« Si j’avais vraiment de la volonté, je n’aurais plus envie. »

Mais l’envie n’est pas une question de volonté.
C’est une réponse conditionnée, construite dans le temps.

Plus une consommation a été utilisée pour faire face,
plus le cerveau la proposera longtemps comme solution possible.

Ce qui aide quand l’envie revient

Ce qui aide, ce n’est pas de lutter contre l’envie à tout prix.
La lutte permanente fatigue et fragilise.

Ce qui aide davantage, c’est de :

  • reconnaître l’envie sans s’y soumettre
  • comprendre ce qui l’a déclenchée
  • identifier ce qui manque à ce moment-là

Progressivement, l’envie perd de son intensité quand d’autres réponses deviennent possibles.

Ce que permet le travail thérapeutique après l’arrêt

En thérapie, le travail ne s’arrête pas au sevrage.
Il se poursuit autour de ce qui reste après.

Il s’agit de comprendre :

  • ce que la consommation venait soutenir
  • ce que l’envie tente encore de résoudre
  • comment traverser ces moments sans s’effondrer

Le but n’est pas de supprimer toute envie mais de ne plus en être prisonnier·e.

En bref

Si j’ai arrêté de consommer mais que j’ai encore envie de consommer,
cela ne signifie pas que l’arrêt est un échec.

Cela signifie que le processus continue.
Que quelque chose cherche encore une issue.

Comprendre cette envie permet de la traverser autrement et de consolider l’arrêt sans culpabilité ni rigidité.

Cet article s’inscrit dans la catégorie Addictions – solutions qui soulagent mais qui enferment, et aborde la question de l’envie persistante après l’arrêt.