« J’ai honte de faire du chemsex », cette phrase revient fréquemment chez les personnes concernées par le chemsex.
La honte apparaît parfois avant même la première consultation.
Certaines personnes craignent d’être jugées. D’autres ont peur que leur entourage découvre leur consommation ou certains comportements vécus sous produits.
Beaucoup ont le sentiment d’avoir franchi des limites qu’elles ne pensaient jamais franchir.
Pourtant, derrière cette honte se cache souvent une souffrance qui mérite d’être entendue.
Pourquoi le chemsex génère-t-il autant de honte ?
Le chemsex associe sexualité et consommation de substances psychoactives telles que le GHB/GBL, la 3-MMC, la méthamphétamine ou d’autres produits.
Cette pratique se situe à l’intersection de plusieurs domaines déjà fortement stigmatisés :
- la sexualité ;
- les drogues ;
- la perte de contrôle ;
- parfois certaines questions identitaires ou relationnelles.
La personne ne se sent alors plus seulement en difficulté avec un comportement.
Elle peut avoir l’impression que c’est toute son identité qui est remise en question.
La honte n’est pas la culpabilité
Cette distinction est essentielle.
La culpabilité dit : « J’ai fait quelque chose que je regrette. »
La honte dit : « Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »
Lorsque la honte s’installe, le regard porté sur soi devient souvent très dur.
Certaines personnes se décrivent comme faibles, déviantes ou incapables de changer.
Pourtant, ces jugements empêchent rarement la consommation.
Ils contribuent souvent à l’entretenir.
Le cercle vicieux de la honte
De nombreuses personnes rapportent un scénario similaire :
- une session de chemsex ;
- une descente difficile ;
- un sentiment de vide ;
- des regrets ;
- de la honte ;
- puis l’envie de fuir ces émotions.
Le paradoxe est que le produit ou la sexualité peuvent alors redevenir un moyen de ne plus ressentir cette souffrance.
Le chemsex devient simultanément le problème et la tentative de solution.
Ce mécanisme est fréquemment décrit dans les travaux sur les addictions et la régulation émotionnelle.
« Je ne me reconnais plus »
C’est une phrase particulièrement fréquente.
Certaines personnes racontent avoir le sentiment de mener une double vie.
D’un côté, leur vie professionnelle, familiale ou sociale.
De l’autre, des pratiques qu’elles gardent secrètes.
Cette dissociation alimente souvent la souffrance psychique.
Mais elle soulève également une question importante :
Qui suis-je lorsque je retire les produits, les applications, les rencontres ou les stratégies qui m’ont permis de tenir jusqu’à présent ?
Au-delà du produit
Réduire le chemsex à une simple consommation serait insuffisant.
Pour certaines personnes, il peut représenter :
- une recherche de connexion ;
- une lutte contre la solitude ;
- un sentiment d’appartenance ;
- une façon d’apaiser l’anxiété ;
- une tentative d’accéder à une sexualité vécue comme plus libre ;
- une manière d’échapper temporairement à certaines difficultés.
Comprendre ce que le chemsex apporte est souvent aussi important que comprendre ce qu’il coûte.
Sortir de la honte
Le psychologue humaniste Carl Rogers écrivait :
« Le curieux paradoxe est que lorsque je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. »
Cette idée est souvent contre-intuitive.
Beaucoup pensent devoir se juger sévèrement pour évoluer.
Pourtant, l’expérience clinique montre que le changement durable apparaît plus facilement lorsque la personne peut regarder son histoire avec lucidité sans réduire son identité à ses comportements.
Faire du chemsex ne résume pas une personne.
C’est une expérience, parfois une stratégie d’adaptation, parfois une souffrance, mais jamais une identité.
En conclusion
Si vous vous surprenez à penser : « J’ai honte de faire du chemsex », sachez que cette émotion est fréquente.
La honte peut sembler protéger, mais elle conduit souvent à l’isolement et au silence.
Derrière elle se trouvent parfois des questions plus profondes concernant la solitude, le désir, l’identité ou le besoin de soulagement.
La rencontre thérapeutique offre alors un espace pour explorer ces questions sans jugement et retrouver progressivement une plus grande liberté de choix.
Références
- Rogers, C. (1961). Le développement de la personne.
- Bourne, A., et al. (2015). The Chemsex Study.
- Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel.
- Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.