Addiction et identité : qui suis-je lorsque je ne consomme plus ?

Arrêter de consommer… et se sentir perdu

Lorsqu’on parle d’addiction, l’attention se porte souvent sur le produit ou le comportement :

  • alcool ;
  • cannabis ;
  • cocaïne ;
  • jeux d’argent ;
  • écrans ;
  • pornographie.

Pourtant, de nombreuses personnes décrivent une difficulté inattendue lorsqu’elles réduisent ou arrêtent leur consommation.

Elles ne souffrent pas seulement du manque.

Elles se demandent :

« Qui suis-je maintenant ? »

Cette question est particulièrement fréquente chez les personnes dont la consommation s’est installée pendant plusieurs années, parfois depuis l’adolescence.

L’addiction ne modifie pas seulement les habitudes

Une consommation répétée influence progressivement :

  • le quotidien ;
  • les relations ;
  • les loisirs ;
  • les émotions ;
  • la manière de faire face aux difficultés.

Avec le temps, certaines personnes ont l’impression que le produit ou le comportement est devenu une partie intégrante de leur identité.

Elles ne disent plus : « Je consomme du cannabis. »

Mais : « Je suis quelqu’un qui fume. »

Ou encore : « Je suis fêtard. » ; « Je suis un consommateur. »

Lorsque la consommation disparaît, c’est parfois toute cette représentation de soi qui vacille.

Addiction et identité : les béquilles psychiques

En psychologie, nous utilisons parfois l’image de la béquille.

Une béquille n’est pas inutile.

Elle aide à avancer lorsque quelque chose est blessé.

De la même manière, certaines consommations peuvent temporairement aider à :

  • supporter l’anxiété ;
  • atténuer une souffrance ;
  • calmer un sentiment de solitude ;
  • faire face à un traumatisme ;
  • trouver une place dans un groupe.

Le problème apparaît lorsque la béquille devient indispensable.

Car la question n’est alors plus seulement :

« Comment arrêter ? ». Mais :

« Comment vivre sans ce qui m’a permis de tenir pendant si longtemps ? »

Addiction et identité : l’adolescence

Cette question est particulièrement importante lorsque les consommations débutent tôt.

Selon les travaux d’Erik Erikson, l’adolescence constitue une période essentielle dans la construction de l’identité.

C’est à ce moment que chacun tente progressivement de répondre à des questions telles que :

  • Qui suis-je ?
  • Quelle place ai-je dans le monde ?
  • Quelles sont mes valeurs ?
  • Quel adulte ai-je envie de devenir ?

Lorsque le cannabis ou d’autres produits occupent une place centrale pendant cette période, ils peuvent parfois devenir intimement liés à cette construction identitaire.

Certaines personnes découvrent alors, à l’âge adulte, qu’elles n’ont jamais réellement appris à se connaître sans consommer.

Le vide après l’arrêt

De nombreuses personnes s’attendent à ressentir un soulagement lorsqu’elles arrêtent.

Or certaines décrivent plutôt :

  • un vide ;
  • de l’ennui ;
  • une perte de repères ;
  • un sentiment d’étrangeté envers elles-mêmes.

Cette expérience ne signifie pas que l’arrêt est une erreur.

Elle révèle souvent qu’un espace s’est libéré.

Un espace qui demande désormais à être investi autrement.

L’identité ne se réduit pas à l’addiction

L’une des difficultés majeures de l’accompagnement est d’aider la personne à distinguer son identité de son symptôme.

Une addiction raconte quelque chose.

Elle parle parfois de souffrance, de solitude, de recherche de plaisir, d’attachement ou de protection.

Mais elle ne résume jamais une personne.

Comme le rappelait le psychiatre Viktor Frankl, l’être humain conserve toujours une capacité à se définir autrement que par ce qu’il traverse.

La question devient alors :

« Qui suis-je au-delà de ce qui me faisait tenir ? »

La thérapie comme espace de redécouverte

L’objectif de la psychothérapie n’est pas seulement d’aider à arrêter une consommation.

Il s’agit aussi d’explorer ce qui apparaît lorsque celle-ci recule.

Les questions deviennent alors plus profondes :

  • Qu’est-ce qui me fait vibrer ?
  • Quelles sont mes valeurs ?
  • Quels liens ai-je envie de construire ?
  • Quelle vie ai-je envie de mener ?

L’arrêt d’une addiction représente parfois moins une fin qu’un début.

En conclusion

L’addiction ne concerne pas uniquement un produit ou un comportement.

Elle touche parfois à la manière dont nous nous définissons et dont nous avons appris à faire face au monde.

Lorsque la consommation diminue ou disparaît, une question essentielle peut émerger :

« Qui suis-je lorsque je ne consomme plus ? »

Cette question est souvent déstabilisante.

Elle est aussi, parfois, le point de départ d’une rencontre plus authentique avec soi-même.

Références

  • Erikson, E. H. (1968). Identity: Youth and Crisis.
  • Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
  • McAdams, D. P. (2001). The Psychology of Life Stories.
  • Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.

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