Je n’ai plus de motivation : quand plus rien ne fait envie

« Je n’ai plus de motivation »

Cette phrase est devenue l’une des plus fréquentes dans les cabinets de psychologie.

Elle peut prendre différentes formes :

  • « Je n’ai envie de rien. »
  • « Je me force à faire les choses. »
  • « Tout me paraît fade. »
  • « Je n’arrive plus à me projeter. »

Souvent, la personne pense souffrir d’un manque de volonté.

Pourtant, derrière cette perte de motivation se cache parfois une autre réalité : la disparition progressive du désir.

Quand le soulagement remplace le plaisir

Dans de nombreuses addictions, le problème n’est pas uniquement la consommation.

Le problème est ce qu’elle finit par remplacer.

Au départ, l’alcool, le cannabis, la cocaïne, les écrans, les jeux vidéo ou les applications de rencontre procurent du plaisir.

Puis, progressivement, ils remplissent d’autres fonctions :

  • calmer l’anxiété ;
  • réduire la solitude ;
  • atténuer la tristesse ;
  • oublier certaines difficultés ;
  • supporter le quotidien.

La recherche du plaisir laisse alors place à la recherche du soulagement.

Cette évolution est largement décrite dans les travaux de neurosciences de l’addiction, notamment par Nora Volkow et George Koob.

Le produit ou le comportement n’est plus recherché pour se sentir bien.

Il est recherché pour se sentir moins mal.

Je n’ai plus de motivation ou plus rien ne fait envie ?

L’une des conséquences les plus méconnues de l’addiction est l’appauvrissement progressif des sources de satisfaction.

Le cerveau s’habitue à des récompenses rapides, intenses et prévisibles.

À côté, les satisfactions ordinaires deviennent moins stimulantes :

  • lire ;
  • rencontrer des amis ;
  • faire du sport ;
  • développer un projet ;
  • construire une relation.

Certaines personnes décrivent alors un sentiment étrange :

« Je sais ce qui me ferait du bien, mais je n’ai plus envie de le faire. »

Cette situation génère souvent de la culpabilité.

Pourtant, il ne s’agit pas nécessairement d’un manque de volonté.

Il s’agit parfois d’un système de motivation qui s’est progressivement réorganisé autour d’une seule source de soulagement.

Le piège de notre époque

Le sociologue et philosophe Alain Ehrenberg décrit notre époque comme celle de « la fatigue d’être soi ».

Nous sommes encouragés à être performants, épanouis, autonomes et heureux.

Lorsque nous n’y parvenons pas, nous avons tendance à conclure : « Je suis le problème. »

Mais la perte de motivation n’est pas toujours un défaut personnel.

Elle peut être le signal d’un épuisement, d’une souffrance psychique ou d’un mode de fonctionnement devenu trop centré sur le soulagement immédiat.

Et si le problème n’était pas la motivation ?

Une autre hypothèse mérite d’être explorée.

Et si vous n’aviez pas perdu votre motivation ?

Et si vous aviez perdu de vue ce qui donne du sens à vos efforts ?

Le psychiatre Viktor Frankl observait que l’être humain a besoin d’un sentiment de direction autant que de plaisir.

Lorsque la question du sens disparaît, la motivation finit souvent par s’effondrer à son tour.

Certaines addictions peuvent alors devenir une tentative de remplir ce vide.

Non pas parce que la personne manque de volonté.

Mais parce qu’elle ne sait plus vers quoi orienter son énergie.

Retrouver le désir

En consultation, la question n’est pas toujours : « Comment retrouver la motivation ? »

Mais parfois :

« Qu’est-ce qui me fait encore vibrer ? »

« Qu’est-ce qui compte réellement pour moi ? »

« Qui suis-je lorsque je ne consomme pas ? »

Ces questions peuvent sembler simples.

Elles sont pourtant au cœur du changement.

Car sortir d’une addiction ne consiste pas uniquement à retirer un produit ou un comportement.

Il s’agit aussi de reconstruire une vie suffisamment riche pour ne plus avoir besoin de s’y réfugier.

En conclusion

Lorsque plus rien ne vous fait envie sauf ce qui vous soulage, le problème n’est pas forcément un manque de motivation.

Il peut s’agir d’une conséquence de l’addiction, d’un épuisement psychologique ou d’une perte de sens.

La question n’est alors plus seulement : « Comment retrouver ma motivation ? »

Mais peut-être : « Vers quoi ai-je envie d’orienter ma vie ? »

C’est souvent à cet endroit que commence le véritable changement.

Références

  • Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi.
  • Frankl, V. (1988). Découvrir un sens à sa vie.
  • Koob, G. F., & Volkow, N. D. (2016). Neurobiology of addiction.
  • Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel.

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