J’ai peur d’arrêter mon traitement : suis-je devenu dépendant ?

« Et si je rechutais ? »
« Je ne me sens pas prêt. »
« Je prends ce traitement depuis tellement longtemps que je ne sais plus qui je serais sans lui. »

Ces questions, je les entends régulièrement en consultation. Lorsqu’un traitement psychotrope accompagne une personne depuis plusieurs mois ou plusieurs années, l’idée de l’arrêter peut devenir source d’angoisse.

Mais avoir peur d’arrêter son traitement signifie-t-il forcément que l’on est devenu dépendant ?

La réponse est plus nuancée.

Avoir peur d’arrêter son traitement ne signifie pas forcément être dépendant

Lorsqu’un traitement a permis de traverser une période difficile, il est normal de développer un sentiment de sécurité à son égard.

Après un épisode dépressif, un trouble anxieux, des attaques de panique ou un burn-out, le médicament peut avoir représenté une aide précieuse. Il a parfois permis de retrouver le sommeil, de diminuer l’anxiété ou simplement de retrouver suffisamment d’énergie pour reprendre le cours de sa vie.

La peur de l’arrêt peut alors être liée à plusieurs facteurs :

  • la peur de revivre les symptômes ;
  • la peur de perdre un équilibre retrouvé ;
  • le manque de confiance en ses propres capacités ;
  • l’incertitude face à l’avenir.

Dans ce cas, il ne s’agit pas nécessairement d’une addiction.

Dépendance, habitude ou besoin thérapeutique ?

Ces trois notions sont souvent confondues.

Une personne peut :

  • avoir besoin d’un traitement parce que sa situation clinique le justifie ;
  • avoir développé une habitude rassurante ;
  • ou présenter une véritable dépendance.

La dépendance se caractérise généralement par une perte de contrôle, une recherche compulsive du produit ou une augmentation progressive des doses malgré les conséquences négatives.

Ce n’est pas parce qu’un médicament est utile qu’il crée automatiquement une addiction.

Le médicament est-il une béquille ?

J’utilise souvent cette image avec mes patients.

Lorsqu’une personne se fracture la jambe, les béquilles sont indispensables pendant un temps. Elles permettent de se déplacer, de se protéger et de favoriser la guérison.

En revanche, l’objectif n’est pas de conserver les béquilles toute sa vie.

Les traitements psychotropes peuvent parfois jouer un rôle similaire : ils soutiennent, stabilisent et permettent à la personne de retrouver suffisamment de disponibilité psychique pour effectuer un travail sur elle-même.

La question n’est donc pas de savoir si la béquille est bonne ou mauvaise.

La véritable question est :

« Est-ce que je développe progressivement les ressources qui me permettront de marcher sans elle ? »

Le risque de tout attendre du médicament

Lorsqu’une souffrance psychique dure depuis longtemps, il est tentant d’espérer qu’un traitement règle à lui seul les difficultés.

Pourtant, les médicaments ne modifient pas directement :

  • l’estime de soi ;
  • les blessures relationnelles ;
  • les schémas affectifs répétitifs ;
  • les traumatismes ;
  • les difficultés à poser des limites ;
  • la peur du rejet ou de l’abandon.

Ils peuvent réduire les symptômes, mais ils ne remplacent pas le travail psychologique nécessaire à une transformation durable.

Pourquoi certaines personnes n’arrivent-elles pas à arrêter ?

Parfois, la difficulté ne vient pas du médicament lui-même. Elle vient de ce que l’arrêt représente symboliquement.

Arrêter un traitement peut signifier :

  • accepter de reprendre confiance en soi ;
  • faire face à certaines peurs ;
  • reconnaître certaines blessures encore présentes ;
  • se confronter à l’incertitude.

Autrement dit, ce n’est pas toujours le comprimé que l’on craint de perdre, mais la sécurité qu’il représente.

Une décision qui ne doit jamais être prise seul

L’arrêt ou la diminution d’un traitement doit toujours être discuté avec le médecin prescripteur ou le psychiatre.

Certains médicaments nécessitent un sevrage progressif afin d’éviter des symptômes de rebond ou de sevrage.

L’objectif n’est jamais de supprimer un traitement à tout prix.

L’objectif est de construire progressivement suffisamment de stabilité pour que le traitement occupe la place qui lui revient : celle d’un outil au service de la personne, et non celle d’un unique moyen de tenir debout.

Psychothérapie et traitement : une alliance plutôt qu’une opposition

Dans les situations de souffrance psychique, opposer médicament et psychothérapie est souvent une erreur.

L’expérience clinique montre que ces deux approches sont fréquemment complémentaires.

Le traitement peut aider à diminuer l’intensité des symptômes tandis que la psychothérapie permet de comprendre les mécanismes qui entretiennent la souffrance et de développer de nouvelles ressources pour y faire face.

Comme le rappelle régulièrement le psychiatre niçois Jérôme Palazzolo dans ses travaux consacrés aux troubles anxieux et aux thérapies comportementales et cognitives, le traitement médicamenteux constitue souvent une aide précieuse, mais il s’inscrit idéalement dans une prise en charge globale intégrant les dimensions psychologiques, comportementales et relationnelles.

En conclusion

Si vous avez peur d’arrêter votre traitement, cela ne signifie pas nécessairement que vous êtes dépendant.

Cette peur peut être le signe d’un besoin de sécurité, d’un manque de confiance en vos ressources actuelles ou de la crainte de voir réapparaître une souffrance passée.

L’enjeu n’est pas de supprimer un traitement coûte que coûte, mais de comprendre la place qu’il occupe dans votre vie et de développer progressivement les ressources qui vous permettront de retrouver davantage d’autonomie.

Références

American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR).

Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L’entretien motivationnel : aider la personne à engager le changement. InterÉditions.

Beck, J. S. (2020). Thérapie cognitive et troubles émotionnels. De Boeck.

Palazzolo, J. (2018). Les thérapies comportementales et cognitives. Elsevier Masson.

National Institute for Health and Care Excellence (NICE). (2022). Medicines associated with dependence or withdrawal symptoms.

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