Pour certaines personnes, le conflit est insupportable.
Un désaccord, une tension, un ton qui change suffisent à provoquer une montée d’angoisse, une envie de fuir, de se taire ou de réparer immédiatement. Elles préfèrent apaiser, minimiser, éviter. Non pas parce qu’elles manquent d’opinion, mais parce que le conflit est vécu comme une menace.
Quand le conflit ne signifie pas seulement un désaccord
Cliniquement, le conflit ne renvoie pas toujours à une opposition d’idées.
Pour certains sujets, il active des représentations beaucoup plus profondes : rupture du lien, rejet, abandon, perte de l’amour.
Le conflit n’est alors pas vécu comme une étape normale de la relation, mais comme un danger à éviter à tout prix.
Pourquoi certaines personnes redoutent autant le conflit
La peur du conflit s’inscrit souvent dans une histoire relationnelle où le lien était fragile ou conditionnel.
Lorsque l’expression d’un désaccord entraînait du retrait, de la froideur, de la colère ou de l’imprévisibilité, le psychisme apprend une chose essentielle : se taire protège.
À l’âge adulte, cette stratégie persiste. Le conflit est évité non par faiblesse mais par fidélité à une logique de survie psychique ancienne.
Le conflit comme risque de désorganisation
Pour certains sujets, le conflit ne provoque pas seulement de la peur mais un sentiment de débordement interne.
L’angoisse monte vite, les affects deviennent difficiles à contenir, la pensée se brouille.
Dans ces moments-là, éviter le conflit permet de maintenir une forme d’équilibre interne, même au prix d’un effacement de soi ou d’un mal-être silencieux.
Quand l’absence de conflit fragilise la relation
Paradoxalement, une relation sans conflit n’est pas nécessairement une relation apaisée.
Lorsque le désaccord n’a pas droit de cité, il ne disparaît pas : il se déplace.
Il peut apparaître sous forme de fatigue émotionnelle, de distance affective, de ressentiment ou de ruptures soudaines et incomprises. Le conflit évité s’accumule, jusqu’à devenir ingérable.
Peur du conflit et peur de perdre le lien
Derrière la peur du conflit se cache souvent une question centrale :
« Est-ce que la relation peut survivre à mon désaccord ? »
Lorsque le lien est vécu comme précaire, toute tension devient un test.
Ne pas entrer en conflit revient alors à tenter de garantir la continuité du lien.
Ce que permet le travail thérapeutique
En thérapie, il ne s’agit pas d’apprendre à “gérer les conflits”, mais de comprendre ce que le conflit représente psychiquement.
Explorer l’histoire du lien, les expériences précoces de désaccord, les affects associés permet progressivement de différencier conflit et rupture, opposition et abandon.
Le conflit cesse alors d’être vécu comme une catastrophe, pour devenir un espace possible de différenciation et de subjectivité.

En bref
La peur du conflit n’est ni un trait de caractère ni un manque de maturité.
Elle est souvent le signe d’un lien vécu comme fragile, où le désaccord menace l’existence même de la relation.
Apprendre à tolérer le conflit, c’est avant tout apprendre que le lien peut survivre à la différence.
Cet article s’inscrit dans la catégorie Difficultés relationnelles, et explore les enjeux psychiques liés au conflit, à l’expression de soi et à la sécurité du lien.