Besoin de consommer : suis-je addict ?

Je consomme pour me détendre, pour dormir, pour tenir, pour aller mieux. Et puis, je continue à travailler, à voir du monde, à “fonctionner”. Et pourtant, un doute s’installe.

Est-ce que je consomme trop ?
Est-ce que je suis en train de devenir addict ?
Ou est-ce simplement une période difficile ?

Quand le besoin de consommer revient souvent, ces questions deviennent envahissantes. Elles ne concernent pas seulement la quantité, mais une inquiétude plus profonde : quelle place la consommation prend-elle dans ma vie psychique ?

Besoin de consommer : une question de fonction, pas de morale

Cliniquement, la consommation ne pose pas problème en soi.
Ce qui importe, ce n’est pas tant ce que je consomme, mais à quoi cela me sert.

Je consomme souvent pour :
apaiser une angoisse,
faire taire des pensées envahissantes,
remplir un vide,
tenir émotionnellement,
supporter une tension interne.

Le besoin de consommer apparaît donc comme une tentative de régulation émotionnelle, parfois efficace, surtout au début.

Besoin de consommer ou addiction : comment faire la différence ?

Pour répondre à cette question, on peut s’appuyer sur un repère clinique largement utilisé en addictologie :
le modèle des 5C, décrit notamment par Laurent Karila.

Ce modèle permet de comprendre quand une consommation commence à devenir addictive, indépendamment du produit.

Le premier C : le Craving

Le craving correspond à une envie irrépressible de consommer.
Je n’ai pas seulement envie : j’y pense, j’anticipe, je me projette dans le moment où je vais consommer.

Le produit ou le comportement occupe une place centrale dans mon esprit.
Même quand je ne consomme pas, ça travaille à l’intérieur.

Le deuxième C : la Perte de Contrôle

Je me dis que je vais réduire, espacer, ou arrêter.
Mais, au moment venu, je consomme plus que prévu, plus longtemps, ou différemment que ce que j’avais décidé.

La perte de contrôle ne signifie pas que je ne contrôle jamais.
Elle signifie que le contrôle devient instable, fragile, imprévisible.

Le troisième C : la Compulsion

Je consomme même quand je n’en ai plus vraiment envie.
Même quand le plaisir diminue.
Même quand je sais que ça me fait du tort.

La consommation devient alors automatique, presque réflexe.
Je consomme pour ne pas ressentir, pour ne pas penser, pour ne pas m’effondrer.

Le quatrième C : les Conséquences négatives

Je commence à observer des conséquences :
sur mon corps,
sur mon humeur,
sur mes relations,
sur mon travail,
sur l’image que j’ai de moi.

Et pourtant, malgré ces conséquences, je continue à consommer.
Non pas par indifférence, mais parce que la consommation reste, pour l’instant, la solution la plus accessible.

Le cinquième C : la Poursuite de la consommation malgré le dommage

C’est souvent ici que la question « suis-je addict ? » devient plus insistante.
Je vois que ça me fait du mal, mais je n’arrive pas à faire autrement.

La consommation ne relève plus du choix ou du plaisir.
Elle devient une nécessité psychique.

Besoin de consommer : pourquoi ce n’est pas une question de volonté

Le modèle des 5C montre que l’addiction n’est pas un manque de volonté.
C’est une réduction progressive des alternatives psychiques.

Quand consommer devient la principale façon de :
m’apaiser,
tenir,
réguler mes émotions,

arrêter brutalement revient à me retrouver face à ce que la consommation contenait jusque-là.

Quand demander de l’aide face au besoin de consommer

Je peux envisager d’en parler lorsque :
je reconnais plusieurs des 5C,
je me sens inquiet·ète à propos de ma consommation,
j’ai déjà essayé de réduire sans y parvenir,
je n’imagine plus aller bien sans consommer.

Demander de l’aide ne signifie pas être “au bout”.
Cela signifie ne plus rester seul·e avec le doute.

Ce que permet le travail thérapeutique

En thérapie, il ne s’agit pas seulement d’arrêter de consommer.
Il s’agit de comprendre ce que la consommation est venue soutenir.

Le travail consiste à :
identifier les fonctions de la consommation,
élargir les modes de régulation émotionnelle,
redonner de la souplesse psychique là où tout s’est rigidifié.

Progressivement, la consommation perd sa place centrale.
Elle cesse d’être indispensable.

Conclusion

Se demander « ai-je un besoin de consommer addictif ? » est déjà un acte clinique important.
Cela indique qu’un questionnement est en cours, qu’une part de soi observe ce qui se joue.

Le besoin de consommer n’est pas une faute.
C’est souvent une solution devenue trop unique.

Comprendre les mécanismes, notamment à travers le modèle des 5C, permet d’envisager un changement respectueux du rythme et de l’histoire de chacun.

Cet article s’inscrit dans la catégorie Addictions – solutions qui soulagent mais qui enferment, et propose une lecture clinique du besoin de consommer et de la question addictive.

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