Comment l’amour transforme notre vie

L’amour, une force de transformation

L’amour ne se résume pas à un simple sentiment romantique.
C’est une énergie fondatrice, un moteur invisible qui façonne nos émotions, nos choix et nos relations.
Depuis les premiers liens avec nos parents jusqu’aux relations amoureuses de l’âge adulte, l’amour nous métamorphose.

Mais pourquoi nos histoires d’amour semblent-elles parfois rejouer notre enfance ?
Et comment la qualité de la relation avec nos parents influence-t-elle la manière dont nous aimons plus tard ?

L’amour parental : la matrice de nos futurs attachements

Avant d’aimer quelqu’un d’extérieur à la famille, il y a l’amour parental, celui des parents biologiques, adoptifs ou des figures d’attachement. Ce lien initial donne le ton à notre manière d’aimer et d’être aimé.

L’attachement sécure : la confiance en soi et en l’autre

Un enfant entouré de bienveillance, de disponibilité émotionnelle et de constance développe un attachement sécure.
Plus tard, il saura vivre une relation amoureuse saine, capable d’équilibre entre proximité et indépendance.

L’attachement insécure : les cicatrices de l’enfance

À l’inverse, un attachement instable, lié à la distance, au rejet ou à une surprotection parentale, peut créer des schémas affectifs fragiles. L’adulte portera alors souvent une peur de l’abandon, un besoin de contrôle ou une difficulté à s’engager.

En psychologie, ces modèles d’attachement (Bowlby, 1969) forment le socle de nos relations futures.

Le premier amour : miroir et résonance de l’enfance

Le premier amour est souvent une expérience inoubliable.
Il réveille en nous des émotions intenses, parfois contradictoires : passion, vulnérabilité, excitation, peur…
Mais sur le plan inconscient, il agit comme un miroir de nos premières expériences affectives.

Répéter pour comprendre

Sans en avoir conscience, nous avons tendance à rejouer nos scénarios d’attachement :

  • aimer quelqu’un de distant, comme un parent émotionnellement absent ;
  • chercher la fusion, pour compenser un manque d’amour ;
  • ou fuir l’intimité, pour ne pas revivre la blessure du rejet.

Aimer pour guérir

Cependant, certaines rencontres amoureuses peuvent avoir un effet réparateur.
Être aimé de façon stable et respectueuse permet parfois de réécrire notre histoire intérieure.
C’est ici que réside le véritable pouvoir de l’amour : transformer la blessure en croissance.

De l’amour reçu à l’amour donné : le fil invisible de nos relations

Nos expériences amoureuses sont souvent le prolongement de nos premiers attachements.
Elles traduisent la manière dont nous avons appris à donner, recevoir et percevoir l’amour.

Type d’attachementComportement amoureux adulteBesoin sous-jacent
SécureRelation stable et équilibréeConfiance et réciprocité
AnxieuxDépendance affective, jalousieÊtre rassuré et reconnu
ÉvitantDifficulté à s’engager, froideur apparentePréserver sa vulnérabilité

Reconnaître ces schémas, c’est amorcer un travail de conscience émotionnelle.
C’est aussi le premier pas vers des relations plus libres et plus authentiques.

L’amour comme métamorphose : se redécouvrir à travers l’autre

Chaque relation amoureuse nous pousse à évoluer.
Aimer, c’est accepter de se confronter à soi-même, à ses blessures, à ses limites, mais aussi à son potentiel d’ouverture.
L’amour devient alors une expérience initiatique : il nous apprend à aimer autrement, à aimer mieux — et à nous aimer nous-mêmes.

L’amour, un voyage intérieur

En définitive, l’amour n’est pas seulement une rencontre entre deux êtres mais une rencontre avec soi.
Il révèle nos zones d’ombre, nos désirs cachés, nos peurs enfouies.
Et à travers cette exploration, il nous permet de grandir, de réparer et de nous transformer.

Aimer, c’est se réinventer

L’amour parental nous apprend la sécurité, le premier amour nous enseigne la découverte, et les amours adultes nous invitent à la conscience. Chaque étape nous métamorphose, nous aide à mieux comprendre qui nous sommes et comment nous aimons.

Aimer, c’est finalement accepter que chaque relation, heureuse ou douloureuse, nous rapproche un peu plus de notre véritable humanité.

L’alimentation et la psychologie : une relation intime

Tu es ce que tu manges

Cette phrase attribuée à Hippocrate, père de la médecine, n’a jamais été aussi actuelle. De nombreuses études montrent aujourd’hui que ce que nous mangeons influence directement notre santé mentale, notre humeur, notre niveau d’énergie et même nos capacités cognitives. Loin d’être un simple carburant pour le corps, l’alimentation joue un rôle essentiel dans le fonctionnement du cerveau et dans la régulation émotionnelle.

Le rôle du microbiote intestinal dans la santé mentale

Saviez-vous que notre intestin est surnommé “le deuxième cerveau” ?
Le microbiote intestinal, cet ensemble de milliards de bactéries qui vivent dans nos intestins, communique en permanence avec notre cerveau grâce à ce qu’on appelle l’axe intestin-cerveau.

Une alimentation déséquilibrée, riche en sucres raffinés et en graisses saturées, peut perturber cet équilibre fragile.
Conséquences : troubles digestifs, fatigue mais aussi anxiété, irritabilité et baisse de moral.
À l’inverse, une alimentation variée, riche en fibres, en fruits, légumes et probiotiques favorise la production de neurotransmetteurs essentiels comme la sérotonine, souvent surnommée “l’hormone du bonheur”.

Nutriments clés pour un bien-être psychologique durable

Certaines vitamines et minéraux sont indispensables à un bon équilibre psychique :

  • Oméga-3 : présents dans les poissons gras (saumon, sardine, maquereau), ils participent à la régulation de l’humeur et à la prévention de la dépression.
  • Vitamine B9 et B12 : essentielles à la production de dopamine et de sérotonine.
  • Magnésium : régule le stress et favorise un sommeil réparateur.
  • Antioxydants (fruits rouges, cacao, curcuma, thé vert) : protègent le cerveau du stress oxydatif et du vieillissement cellulaire.

Adopter une alimentation riche en nutriments, c’est donc prendre soin de sa santé mentale autant que de son corps.

L’alimentation émotionnelle : quand les émotions dictent nos choix

Manger n’est pas un acte uniquement biologique, c’est aussi un acte émotionnel.
Face au stress, à la fatigue ou à la solitude, nous avons parfois tendance à manger pour apaiser nos émotions, plutôt que pour répondre à une réelle faim physique.
Ce comportement, appelé alimentation émotionnelle, peut créer un cercle vicieux où la culpabilité renforce la tension interne.

Apprendre à écouter ses sensations corporelles, à reconnaître ses émotions et à cultiver une relation bienveillante à la nourriture, permet de retrouver un rapport plus apaisé à l’alimentation.

5 Conseils alimentation et bien-être psychologique

  1. Privilégier le “fait maison” : éviter les aliments ultra-transformés et riches en additifs.
  2. Manger en pleine conscience : savourer chaque bouchée, sans écrans ni distraction.
  3. Intégrer plus de végétaux : fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes.
  4. Hydrater son corps : un manque d’eau peut accentuer la fatigue et les troubles de concentration.
  5. Écouter son corps : faim, satiété, plaisir = trois repères essentiels pour un rapport sain à la nourriture.

En conclusion : nourrir le corps, apaiser l’esprit

L’alimentation n’est pas seulement une question de calories ou de silhouette.
Elle représente un pilier fondamental de notre équilibre psychologique et émotionnel.
Comme le rappelait Hippocrate :

“Que ton alimentation soit ta première médecine.”

En prenant soin de ce que nous mettons dans notre assiette, nous prenons soin de notre esprit.
Car au fond, bien manger, c’est aussi apprendre à se respecter.

Le progrès en thérapie

En thérapie, certaines séances paraissent “vides”, d’autres se répètent, semblent sans effet. Ces moments de latence, souvent perçus comme des temps morts, font pourtant partie intégrante du processus thérapeutique. Ils permettent au patient d’intégrer en profondeur ce qui a été amorcé lors des séances précédentes.

Cliché VS Réalité

Aller en thérapie en pensant que chaque séance doit apporter un changement visible est une illusion. Le travail psychique ne se mesure pas en résultats immédiats mais en évolutions progressives, souvent subtiles, parfois imperceptibles sur le moment.

Le mythe du progrès linéaire en thérapie

Dans l’imaginaire collectif, le progrès en thérapie est souvent représenté comme une ligne droite, ascendante, sans retour en arrière. On voudrait croire qu’à chaque séance, on avance, qu’on se sent mieux, qu’on progresse.
Cependant, la réalité psychique est tout autre : elle est faite de hauts et de bas, de stagnations, de retours en arrière apparents, et de moments où rien ne semble bouger.

La réalité du travail psychique thérapeutique

Le progrès en psychothérapie ressemble davantage à une courbe irrégulière, où chaque creux, chaque silence, chaque répétition, a une fonction.
Ces moments de stagnation apparente permettent au psychisme d’assimiler, de digérer, de transformer.
C’est souvent au cœur de cette impression de “ne pas avancer” que le travail s’approfondit et que des changements durables s’enracinent.

Pourquoi la stagnation en thérapie est nécessaire

Les périodes de stagnation en thérapie ne sont pas des échecs mais des phases d’intégration.
Elles offrent un espace pour laisser émerger des émotions refoulées, des résistances ou encore des prises de conscience en gestation.
Le rôle du thérapeute est alors d’accompagner le patient dans ces temps de latence, sans précipiter le changement mais en soutenant la continuité du lien et de la parole.

Accepter le rythme du processus thérapeutique

En psychothérapie, le temps est un allié.
Vouloir aller trop vite, c’est risquer de passer à côté de ce qui se joue en profondeur.
Chaque séance, même lorsqu’elle semble “vide”, contribue à la construction d’un espace interne plus stable et plus conscient.
Le progrès ne se lit pas seulement dans le soulagement immédiat, mais dans la capacité à se connaître, à se tolérer, et à se transformer dans la durée.

La nostalgie : quand le souvenir protège de la mélancolie

La nostalgie est souvent perçue comme une douce tristesse, un moment où l’on se replonge dans le passé avec émotion. Pourtant, derrière ce sentiment familier, se cache un mécanisme psychique complexe. Selon les psychologues Kelly Poracchia et Mohammed Ham (Université Côte d’Azur), la nostalgie joue un rôle essentiel : elle permettrait de préserver le désir et l’équilibre psychique face au vide laissé par la perte.

Nostalgie : entre désir et regret

Le mot nostalgie vient du grec nostos (le retour) et algos (la douleur). Il désigne ce désir de retour vers un temps ou un lieu perdu, souvent idéalisé. C’est ce qu’on ressent lorsqu’on repense à son enfance, à un ancien amour ou à un « avant » révolu.
Cependant, selon Poracchia et Ham, ce que l’on croit regretter : un lieu, une personne, une époque ; n’est pas réellement l’objet de la nostalgie. Ce qui nous manque, c’est l’état intérieur associé à ce passé : une insouciance, une chaleur, un sentiment d’unité avec le monde. Autrement dit, la nostalgie est moins un souvenir du passé qu’un désir de retrouvailles avec soi-même.

Quand la nostalgie empêche la mélancolie

Les auteurs distinguent la nostalgie de la mélancolie (aujourd’hui appelée dépression mélancolique en psychologie clinique).

  • Dans la mélancolie, la perte d’un être cher ou d’un idéal provoque un effondrement du moi : la personne se vide de son énergie et s’enferme dans la culpabilité.
  • Dans la nostalgie, au contraire, le sujet donne une forme imaginaire à ce qu’il a perdu. Il idéalise l’objet disparu (le passé, l’amour, la patrie…) et le garde vivant dans son esprit.

Cette idéalisation protège : elle empêche la chute dans la douleur sans fond de la mélancolie.
En rêvant, en écrivant, en se souvenant, le nostalgique transforme la perte en matière vivante. C’est un moyen inconscient de ne pas sombrer dans le désespoir.

Le souvenir comme refuge

Historiquement, la nostalgie a d’abord été considérée comme une maladie du déracinement. Au XVIIᵉ siècle, le médecin Johannes Hofer parlait du mal du pays (Heimweh), observé chez les soldats suisses exilés.
Certains tombaient malades à l’écoute d’un simple air de musique rappelant leur montagne natale : le célèbre Ranz des vaches.
Cette mélodie ravivait des émotions si fortes qu’elle pouvait, dit-on, conduire à la mort par chagrin.

Au fond, ce que ces soldats regrettaient, ce n’était pas leur village mais le temps où ils s’y sentaient vivants et entiers. Comme l’a souligné le philosophe Vladimir Jankélévitch, la nostalgie n’est pas un mal de l’espace mais un mal du temps : ce que l’on voudrait retrouver, c’est l’irréversible.

Entre souvenir et illusion

La nostalgie fige parfois le désir : on reste accroché à un passé idéalisé, incapable d’aller vers l’avenir. Pourtant, elle a aussi une fonction vitale : elle sauvegarde le lien à l’objet perdu, qu’il s’agisse d’une personne, d’une langue, d’un lieu ou d’un idéal.

Cette tension entre la perte et l’espérance fait toute la richesse du sentiment nostalgique.
En sublimant la perte, le sujet trouve une manière de rester vivant malgré l’absence.
C’est une façon d’aimer encore, sans pouvoir retrouver ce qui a été perdu.

La nostalgie, une force créatrice

Dans cette perspective, la nostalgie n’est pas seulement un enfermement dans le passé : elle peut devenir un moteur de création.
L’écrivain exilé Ovide, ou plus tard Primo Levi, ont puisé dans la douleur du manque la force d’écrire.
La nostalgie, quand elle s’exprime, transforme la douleur en parole, le silence en récit, l’absence en œuvre.

C’est là toute la différence avec la mélancolie :

  • le mélancolique s’effondre sous le poids de la perte,
  • le nostalgique en fait une histoire.

Nostalgie primordiale : une quête de soi

Pour les psychanalystes, la nostalgie renvoie à une perte bien plus ancienne : celle du lien fusionnel avec la mère, ou de cette complétude première que chacun cherche inconsciemment à retrouver.
C’est une nostalgie universelle, fondatrice du désir humain.
Vivre, c’est accepter d’être séparé, mais aussi de garder vivante cette part de rêve qui relie à l’origine.

En résumé

La nostalgie n’est pas une faiblesse : c’est une tentative poétique et psychique de donner du sens à la perte.
Elle permet de ne pas sombrer dans la mélancolie, en donnant une forme imaginaire à ce qui manque.
Quand elle ne se transforme pas en fuite du présent, elle devient un espace de mémoire, de créativité et de désir.

Référence

Poracchia, K. & Ham, M. (2024). L’insaisissable objet de la nostalgie. D’une matérialisation imaginaire de l’objet pour se séparer de la mélancolie. Psychothérapies, 44(1), 18–31. Éditions Médecine & Hygiène.

La colère : comprendre, gérer et transformer

La colère est une émotion fondamentale, universelle et souvent mal comprise. Tantôt vécue comme un débordement, tantôt refoulée par peur de blesser, elle joue pourtant un rôle essentiel dans notre équilibre psychique. Lorsqu’elle devient incontrôlable ou impossible à exprimer, elle peut se transformer en souffrance silencieuse, voire favoriser le recours à des addictions pour apaiser la tension émotionnelle. Cet article propose une approche psychologique et clinique de la colère, de sa gestion et de son lien avec les comportements addictifs.

Visage humain flouté par des flammes symbolisant la colère intérieure, l’intensité émotionnelle et la difficulté à maîtriser ses émotions.

La colère : une émotion vitale et ambivalente

Selon Sigmund Freud (1920), la colère traduit un conflit entre la pulsion et l’interdit. Elle émerge lorsque le sujet se sent attaqué dans son intégrité, injustement traité ou impuissant à changer une situation. Cette tension entre désir et contrainte peut générer frustration, rage ou culpabilité.

Pour Donald Winnicott (1969), la colère est d’abord une énergie nécessaire au développement du sentiment d’existence. Le nourrisson en colère affirme son être, teste la solidité du lien. Si l’environnement répond par la peur, la honte ou le rejet, cette émotion peut devenir intolérable et se retourner contre soi, ouvrant la voie à des formes d’auto-agressivité.

Dans une perspective plus contemporaine, Richard Lazarus (1991) définit la colère comme une réaction à la perception d’une injustice ou d’un obstacle. Elle prépare à l’action, à la réparation ou à la défense de soi. C’est donc une émotion adaptative, tant qu’elle peut être reconnue et exprimée de manière ajustée.

Comment gérer la colère : de la reconnaissance à la symbolisation

Apprendre à la gérer ne signifie pas la supprimer mais l’apprivoiser. La gestion émotionnelle repose sur trois étapes principales :

  • Identifier : reconnaître ses signes physiques (tension, chaleur, agitation) et psychiques (irritation, injustice, frustration).
  • Exprimer : trouver des moyens de l’extérioriser sans violence, par la parole, l’écriture, le mouvement ou la créativité.
  • Symboliser : donner un sens à cette émotion, comprendre ce qu’elle protège ou révèle en soi.

Les théories de l’attachement (Bowlby, 1969) montrent que la régulation de la colère dépend fortement de la sécurité affective du sujet. Lorsque l’enfant apprend qu’il peut exprimer ses émotions sans perdre l’amour ou l’attention de ses figures d’attachement, il développe des stratégies émotionnelles plus souples et matures.

Dans le cadre d’un accompagnement psychologique, aider un patient à identifier et tolérer sa colère, sans la juger, permet déjà un apaisement durable. Les approches psychocorporelles, la méditation de pleine conscience ou les médiations artistiques sont des outils pertinents pour canaliser cette énergie sans passage à l’acte.

Quand la colère mène à l’addiction

Lorsqu’elle ne peut être dite ni pensée, la colère devient une tension interne difficilement supportable. Pour certains, le recours à une addiction (alcool, drogues, jeu, nourriture, écrans…) sert à réguler cette intensité émotionnelle. L’addiction agit alors comme une tentative d’auto-apaisement : elle anesthésie la douleur, donne une impression de maîtrise mais empêche la véritable élaboration psychique.

Le psychiatre Edward Khantzian (1997) a décrit ce phénomène à travers l’hypothèse de l’auto-médication : l’usage de substances vise souvent à combler un déficit dans la régulation émotionnelle, notamment face à la colère, la honte ou la tristesse. Ce mécanisme, bien qu’adaptatif à court terme, renforce à long terme la dépendance et la perte de contrôle.

La colère non symbolisée devient alors une colère agie : au lieu d’être exprimée, elle se déplace vers le corps, les comportements, ou le besoin compulsif d’apaiser la tension par un objet externe.

Transformer la colère : du symptôme à la parole

Réhabiliter la colère, c’est reconnaître son rôle protecteur et vital. Elle signale un besoin, une injustice, une limite franchie. Le travail thérapeutique consiste à mettre des mots là où il y avait de l’agir, à relier l’émotion à une histoire personnelle et à redonner au sujet la possibilité d’en être acteur plutôt que victime.

Dans ce processus, l’addiction peut être comprise comme un langage du corps qui s’exprime lorsque les mots manquent. En aidant la personne à traduire cette colère corporelle en colère pensée, la thérapie ouvre la voie à une réappropriation de soi et à une gestion émotionnelle plus sereine.

Conclusion

La colère n’est pas une ennemie à combattre mais une alliée à comprendre. Lorsqu’elle est reconnue, contenue et transformée, elle devient une force d’affirmation et de changement. Lorsqu’elle est niée ou refoulée, elle peut se transformer en douleur, en honte ou en dépendance. Apprendre à écouter sa colère, c’est aussi apprendre à mieux se connaître et à se respecter.

Références bibliographiques

  • Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss, Vol. 1: Attachment. Basic Books.
  • Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir. Paris : Payot.
  • Khantzian, E. J. (1997). The self-medication hypothesis of substance use disorders: A reconsideration and recent applications. Harvard Review of Psychiatry, 4(5), 231–244.
  • Lazarus, R. S. (1991). Emotion and Adaptation. Oxford University Press.
  • Winnicott, D. W. (1969). De la pédiatrie à la psychanalyse. Paris : Payot.

Les pulsions : entre corps, désir et langage

Les pulsions occupent une place centrale dans la théorie psychanalytique. Elles constituent le point de jonction entre le corps biologique et la vie psychique. Comprendre ce qu’est une pulsion, c’est donc comprendre comment le psychisme humain s’organise autour du désir, du manque et de la recherche de satisfaction. Dans cet article, nous explorerons ce que représente la pulsion en psychanalyse, de Freud à Lacan, en passant par les grands développements de la métapsychologie.

Définition de la pulsion selon Freud

Silhouette humaine divisée en deux moitiés contrastées, symbolisant la dualité des pulsions en psychanalyse, entre vie et mort, ombre et lumière, dans un style artistique aux tons chauds et texturés.

Sigmund Freud introduit le concept de Trieb (traduit par « pulsion ») pour désigner une force interne qui pousse le sujet à agir afin de réduire une tension interne. Dans son texte fondateur Pulsions et destins des pulsions (1915), Freud définit la pulsion comme un « concept-limite entre le psychique et le somatique » : elle prend racine dans le corps mais trouve sa satisfaction dans le psychisme.

Freud distingue plusieurs composantes de la pulsion :

  • La source : le point d’excitation corporelle (par exemple, la bouche, la peau, les organes génitaux) ;
  • Le but : la satisfaction, c’est-à-dire la suppression de la tension ;
  • L’objet : ce par quoi la pulsion atteint son but (par exemple, le sein, la parole, le regard) ;
  • La poussée : la force qui met le sujet en mouvement.

Ces quatre éléments permettent de comprendre que la pulsion n’est pas un simple instinct biologique : elle implique une part de subjectivité, de représentation et de lien à l’autre.

Les types de pulsions selon Freud

Freud distingue d’abord les pulsions du Moi (ou d’auto-conservation) et les pulsions sexuelles. Mais à partir de 1920, dans Au-delà du principe de plaisir, il introduit une nouvelle opposition : celle entre les pulsions de vie (Eros) et les pulsions de mort (Thanatos).

Les pulsions de vie tendent vers la création, la liaison, la sexualité et la continuité du vivant.

Les pulsions de mort, quant à elles, œuvrent à la destruction, à la répétition, et au retour à un état inanimé. Freud montre ainsi que la vie psychique est traversée par une tension constante entre des forces de construction et de déliaison.

Des pulsions au désir : l’apport de Lacan

Jacques Lacan, en reprenant et en transformant la pensée freudienne, souligne que la pulsion n’est jamais entièrement satisfaisable. Elle tourne autour de son objet sans jamais l’atteindre complètement. C’est cette impossibilité de satisfaction totale qui alimente le désir.

Pour Lacan, la pulsion est structurée comme un circuit : elle fait le tour de son objet, qu’elle ne vise pas directement mais dont elle tire sa jouissance. L’objet n’est pas tant une chose réelle qu’un élément symbolique, ce qu’il appelle l’objet a, cause du désir.

La pulsion orale, par exemple, ne se réduit pas à l’acte de manger : elle met en jeu le plaisir d’incorporer, d’être comblé mais aussi de parler et d’être entendu. Ainsi, la pulsion n’est pas que corporelle : elle est toujours prise dans le langage et la relation à l’autre.

Les destins possibles de la pulsion

Freud décrit plusieurs « destins » possibles pour la pulsion :

  • La répression : lorsque la pulsion est refoulée dans l’inconscient, ce qui peut engendrer des symptômes névrotiques ;
  • La sublimation : lorsque l’énergie pulsionnelle est dérivée vers des buts socialement valorisés (art, recherche, création) ;
  • Le retournement contre soi : la pulsion peut se retourner vers le sujet lui-même, comme dans la culpabilité ou la mélancolie ;
  • L’inversion dans le contraire : par exemple, transformer la haine en amour ou l’activité en passivité.

Ces destins illustrent la plasticité de la vie pulsionnelle, capable de se transformer et de se symboliser mais aussi de se figer dans le symptôme lorsqu’elle est empêchée.

Pourquoi les pulsions sont essentielles pour comprendre le psychisme

En psychanalyse, les pulsions ne sont pas des forces à éliminer, mais à comprendre. Elles témoignent de notre humanité, de notre rapport au manque, à la jouissance et à l’autre. Leur expression ou leur refoulement influencent profondément nos émotions, nos relations et nos créations.

Travailler sur les pulsions, c’est donc chercher à entendre ce qui, en nous, insiste pour se dire autrement. C’est ce que la cure analytique permet : donner une place à ce qui se répète, à ce qui revient, pour transformer la contrainte en parole.

Références bibliographiques

  • Freud, S. (1915). Pulsions et destins des pulsions. In Métapsychologie. Paris : Gallimard.
  • Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir. Paris : PUF.
  • Lacan, J. (1964). Le Séminaire, Livre XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Paris : Seuil.
  • Laplanche, J., & Pontalis, J.-B. (1967). Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : PUF.

Conclusion

La pulsion en psychanalyse ne se réduit ni à l’instinct, ni au simple désir : elle exprime la dynamique même du psychisme humain, toujours en tension entre satisfaction et interdiction, entre le corps et la parole. Comprendre les pulsions, c’est comprendre ce qui, en nous, fait lien, mouvement et subjectivité.

Résilience : Théories, Pratiques pour la Cultiver au Quotidien

La résilience : comment se relever et (re)construire sa vie après l’épreuve

La résilience désigne la capacité d’un individu à surmonter un traumatisme, une perte ou une période difficile pour retrouver un équilibre psychique, voire se transformer positivement à la suite de l’épreuve. Concept central en psychologie contemporaine, elle relie les dimensions biologiques, psychiques et sociales du développement humain.

Définition et origines du concept de résilience

Le terme résilience vient du latin resilire, signifiant « rebondir ». En physique, il désigne la capacité d’un matériau à résister à un choc sans se briser. En psychologie, cette notion a été popularisée par Boris Cyrulnik (2002), neuropsychiatre français, qui définit la résilience comme : « la reprise d’un nouveau développement après un traumatisme ».

Selon Emmy Werner (1995), pionnière des recherches longitudinales sur le sujet, certains enfants parviennent à se développer harmonieusement malgré des conditions adverses. La résilience dépend alors de facteurs de protection internes (estime de soi, optimisme, flexibilité psychique) et externes (présence d’un adulte, d’un proche bienveillant, environnement soutenant).

Les fondements théoriques de la résilience

Boris Cyrulnik et la « renaissance après le trauma »

Cyrulnik (2002) insiste sur le rôle des liens affectifs et du récit : la parole, le sens et la relation permettent de transformer la blessure en force. Pour lui, la résilience n’est pas innée mais se construit grâce aux rencontres, à l’attachement et à la symbolisation de la souffrance.

La psychologie positive et la croissance post-traumatique

Les psychologues Tedeschi & Calhoun (1995) ont introduit la notion de croissance post-traumatique : certaines personnes rapportent une évolution positive à la suite d’événements difficiles (nouvelle force intérieure, gratitude, redéfinition des priorités). Cette perspective rejoint les travaux de Martin Seligman sur l’optimisme et les forces de caractère (2002).

L’approche systémique et contextuelle

La résilience ne se réduit pas à un trait individuel : elle dépend aussi du contexte familial, social et culturel. Les relations soutenantes, la reconnaissance et les ressources sociales jouent un rôle essentiel dans le processus de reconstruction.

Comment pratiquer la résilience au quotidien ?

La résilience se cultive jour après jour. Voici quelques pratiques soutenues par la recherche en psychologie :

  • Pratiquer la gratitude : noter chaque jour trois choses positives renforce l’optimisme et le sentiment de compétence (Seligman, 2005).
  • Entretenir des liens soutenants : s’entourer de personnes bienveillantes permet de restaurer la confiance en soi et en autrui.
  • Accueillir ses émotions : reconnaître sa tristesse, sa colère ou sa peur sans jugement facilite leur transformation.
  • Donner du sens à l’épreuve : réfléchir à ce que l’expérience a appris ou révélé de soi aide à la symboliser.
  • Développer la pleine conscience : les pratiques de méditation favorisent la régulation émotionnelle et la flexibilité cognitive.

Le rôle de la thérapie dans le développement de la résilience

La psychothérapie offre un cadre sécurisant pour explorer la souffrance et reconstruire un sens à partir du trauma. Elle permet au sujet de devenir auteur de son récit plutôt que victime de son histoire.

Les approches thérapeutiques les plus impliquées :

  • Les thérapies narratives : elles aident la personne à reconstruire le récit de son histoire, à séparer son identité de l’événement traumatique et à redonner du sens à son vécu pour redevenir acteur/actrice de sa propre vie.
  • La psychothérapie analytique : elle aide à symboliser la douleur et à remanier les représentations de soi et de l’autre.
  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : elle apprend à identifier et modifier les pensées dysfonctionnelles liées au trauma.
  • Les approches humanistes et de pleine conscience : elles favorisent l’acceptation de soi et la reconnexion à l’ici et maintenant.

Le processus de résilience s’ancre donc dans la relation thérapeutique : c’est parce que le thérapeute crée un espace d’écoute et de sens que le sujet peut réécrire son histoire et retrouver une continuité interne.

En résumé : la résilience, un art de vivre

Être résilient, c’est ne pas nier la souffrance mais lui donner une place dans une histoire plus vaste. C’est transformer la blessure en apprentissage, la perte en mouvement, la peur en connaissance de soi. Comme l’écrit Cyrulnik : « Le malheur n’est pas une destinée, il est un événement de vie dont on peut se relever. »

La résilience n’est donc pas un état figé mais un chemin, celui de la reconstruction, de la relation et du sens.

Foire aux questions sur la résilience

Qu’est-ce que la résilience en psychologie ?

En psychologie, la résilience désigne la capacité d’une personne à surmonter une épreuve douloureuse, un traumatisme ou une période difficile pour retrouver un équilibre émotionnel.

La résilience est-elle innée ou acquise ?

La résilience n’est pas une qualité innéemais un processus dynamique qui se construit au fil du temps. Elle dépend à la fois de ressources internes (optimisme, estime de soi) et de soutiens externes (présence d’un proche, environnement bienveillant). Chacun peut la développer grâce à l’expérience, à la réflexion et parfois avec l’aide d’un thérapeute.

Comment développer sa résilience au quotidien ?

Pour renforcer sa résilience, il est recommandé de cultiver la gratitude, de s’entourer de personnes soutenantes, de pratiquer la pleine conscience et de donner du sens à ses expériences. L’écriture, la thérapie et les activités créatives peuvent aussi aider à transformer la douleur en apprentissage.

Quel rôle joue la thérapie dans le développement de la résilience ?

La thérapie offre un espace sécurisé pour exprimer la souffrance, comprendre ses émotions et reconstruire une continuité de soi. Le thérapeute accompagne la personne dans la mise en sens du vécu et la réécriture de son histoire, favorisant ainsi un processus de résilience durable.

Peut-on être résilient après un traumatisme sévère ?

Oui, même après un traumatisme majeur, la résilience est possible. Les recherches de Tedeschi et Calhoun (1995) montrent que certaines personnes développent une croissance post-traumatique : elles trouvent une nouvelle force intérieure, une plus grande empathie et un sens renouvelé à la vie. Ce processus nécessite toutefois du temps, du soutien et souvent un accompagnement thérapeutique.

Références bibliographiques (APA 7)

  • Cyrulnik, B. (2002). Un merveilleux malheur. Odile Jacob.
  • Seligman, M. E. P. (2002). Authentic happiness. Free Press.
  • Tedeschi, R. G., & Calhoun, L. G. (1995). Trauma and transformation: Growing in the aftermath of suffering. Sage Publications.
  • Werner, E. E., & Smith, R. S. (1992). Overcoming the odds: High-risk children from birth to adulthood. Cornell University Press.

Article rédigé par Sarah Maazouz, psychologue clinicienne – Tous droits réservés.

Transidentité : comprendre les enjeux psychiques

Comprendre la transidentité : enjeux psychiques et accompagnement thérapeutique

Qu’est-ce que la transidentité ?

La transidentité désigne le fait pour une personne de ne pas se reconnaître dans le genre qui lui a été assigné à la naissance. Être transgenre ne relève pas d’un trouble mental, mais d’une expérience intime et singulière du rapport au corps, à l’identité et au regard social.

Selon la Classification Internationale des Maladies (CIM-11) de l’OMS (2019), la transidentité n’est plus considérée comme un trouble psychiatrique, mais comme une incongruence de genre, déplacée dans la section “santé sexuelle”. Cette évolution marque une reconnaissance de la pluralité des identités de genre et la dépathologisation des vécus trans.

Identité de genre et construction psychique

L’identité de genre se construit dès la petite enfance, au croisement du biologique, du psychique et du social. Comme le souligne Stoller (1968), le genre s’élabore à travers une série de processus identificatoires complexes, où interviennent le rapport au corps, aux figures parentales et aux représentations sociales du masculin et du féminin.

Pour Judith Butler (1990), philosophe du genre, le genre n’est pas une essence mais une performance : il se construit dans les actes, les postures et les discours. Cette approche met en lumière le poids des normes sociales dans la construction identitaire, mais aussi la possibilité de s’en émanciper.

Dans une perspective psychanalytique, Colette Chiland (1997) évoque la transidentité comme un remaniement du sentiment d’identité de soi, parfois traversé par un conflit entre l’identité corporelle et l’identité psychique. La question du regard de l’autre et de la reconnaissance symbolique y est centrale.

Les souffrances psychiques liées à la transidentité

Les personnes trans peuvent traverser des souffrances profondes, liées à la dysphorie de genre, à la stigmatisation ou à la discrimination sociale. La dysphorie de genre renvoie à l’inconfort psychique ressenti lorsque le corps ou les signes sociaux du genre ne correspondent pas à l’identité vécue. Elle peut se manifester par :

  • une anxiété ou une dépression récurrente,
  • un rejet du corps ou un désir intense de transformation,
  • des troubles de l’estime de soi,
  • un isolement social ou familial.

Ces souffrances sont souvent aggravées par le manque de reconnaissance institutionnelle ou sociale, voire par des expériences de transphobie. Plusieurs études (Grant et al., 2011 ; Meyer, 2015) ont montré que le stress minoritaire subi par les personnes trans est un facteur de risque majeur pour la santé mentale.

Le rôle du psychologue dans l’accompagnement des personnes trans

La psychothérapie n’a pas pour objectif de “corriger” ou de “normaliser” l’identité de genre mais d’accompagner le sujet dans la reconnaissance et l’affirmation de soi. Elle offre un espace sécurisant et bienveillant pour explorer :

  • le rapport au corps et aux transformations physiques,
  • les conflits intérieurs entre identité intime et image sociale,
  • la peur du rejet familial ou social,
  • les traumatismes liés aux discriminations.

Dans cette démarche, le psychologue s’appuie sur une écoute non pathologisante, un respect absolu du vécu subjectif et une approche inclusive. Certaines approches thérapeutiques sont particulièrement aidantes :

  • La thérapie d’affirmation de genre (Budge et al., 2013), centrée sur la valorisation de l’identité et la résilience ;
  • L’approche humaniste (Rogers, 1957), favorisant la congruence entre soi vécu et soi perçu ;
  • Les approches psychanalytiques contemporaines, permettant d’élaborer les conflits internes et les enjeux de reconnaissance symbolique.

Retrouver une identité affirmée

Le processus de transition, qu’il soit social, hormonal ou chirurgical, ne constitue pas une fin en soi mais un chemin de subjectivation. La thérapie accompagne cette traversée pour que le sujet retrouve une unité interne, en accord avec son identité vécue. Cette affirmation de soi passe souvent par :

  • la reconstruction du narcissisme,
  • l’intégration du nouveau corps dans l’image de soi,
  • la réappropriation de la parole sur son histoire et son devenir.

La psychothérapie aide ainsi la personne trans à se reconnaître comme sujet, à trouver une place symbolique et sociale stable, et à vivre son identité dans la cohérence et la dignité.

Conclusion

La transidentité ne relève pas d’une pathologie, mais d’une diversité des expériences humaines du genre. Le rôle du psychologue est d’accompagner le sujet dans sa quête d’unité et de reconnaissance, en soutenant son droit à l’autodétermination et à une identité affirmée. C’est dans ce travail d’élaboration et de symbolisation que la personne peut retrouver une continuité psychique et s’épanouir pleinement dans son être au monde.

Références bibliographiques

  • American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). Washington, DC.
  • Butler, J. (1990). Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity. Routledge.
  • Budge, S. L., Adelson, J. L., & Howard, K. A. S. (2013). Anxiety and depression in transgender individuals. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 81(3), 545–557.
  • Chiland, C. (1997). Changer de sexe : Illusion et réalité. Odile Jacob.
  • Grant, J. M., et al. (2011). Injustice at Every Turn: A Report of the National Transgender Discrimination Survey. National Center for Transgender Equality.
  • Meyer, I. H. (2015). Minority stress and mental health in gay men. Journal of Health and Social Behavior, 36(1), 38–56.
  • Stoller, R. J. (1968). Sex and Gender: The Development of Masculinity and Femininity. Science House.
  • World Health Organization (WHO). (2019). International Classification of Diseases, 11th Revision (ICD-11).

Le narcissisme : comprendre l’amour de soi

Qu’en dit la psychanalyse ?

Le mot narcissisme envahit aujourd’hui les discussions. On parle de pervers narcissiques, de génération narcissique ou encore d’un monde centré sur soi. Cependant, derrière ces clichés, que dit vraiment la psychanalyse du narcissisme ? Est-ce un excès d’ego… ou une base essentielle de notre équilibre intérieur ?

Qu’est-ce que le narcissisme ?

Le terme vient du mythe de Narcisse, ce jeune homme tombé amoureux de son reflet. En psychologie, le narcissisme désigne l’amour de soi, indispensable pour exister, se sentir digne d’amour et entrer en relation avec autrui.

Un narcissisme sain permet de s’aimer sans arrogance, d’avoir confiance en soi sans mépriser les autres. Or, quand cet amour de soi devient fragile ou excessif, il peut se transformer en blessure narcissique ou en besoin maladif d’admiration.

représentation de Narcisse en noir et blanc

Freud : le narcissisme comme fondement du psychisme

Le fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, introduit le concept en 1914 dans Pour introduire le narcissisme. Il distingue deux formes principales :

  • Le narcissisme primaire : celui du bébé, centré sur lui-même, comblé par la satisfaction de ses besoins.
  • Le narcissisme secondaire : celui de l’adulte, qui a appris à aimer les autres, mais qui peut, face à la blessure ou à la déception, retirer son amour du monde pour le ramener vers lui-même.

Pour Freud, le narcissisme n’est pas une pathologie : c’est le socle du sentiment d’existence.

Le miroir et l’image de soi

Pour Jacques Lacan, le narcissisme naît au stade du miroir (vers 6 à 18 mois). L’enfant découvre son image et s’exclame intérieurement : « C’est moi ! ». Ce moment fondateur lui donne une impression d’unité. Néanmoins, cette image est en réalité idéalisée.

Le « moi » se construit ainsi à partir d’un reflet imaginaire, dépendant du regard de l’autre. Le narcissisme, chez Lacan, n’est donc pas seulement un amour de soi mais un amour de son image, fragile car soumis à la reconnaissance d’autrui.

L’importance du regard qui valorise

Le psychanalyste britannique Donald Winnicott met en avant le rôle du regard maternel dans la construction du narcissisme. Quand la mère (ou la figure d’attachement) regarde son bébé avec amour, elle lui renvoie l’image d’un être digne d’intérêt. Ce reflet nourrit la confiance en soi.

Cependant, si ce regard est absent ou froid, l’enfant peut développer une faille narcissique : il cherchera toute sa vie à être vu, reconnu, admiré. Comme le dit Winnicott, l’enfant a besoin d’avoir été “suffisamment vu” pour pouvoir se sentir réel.

Le narcissisme, besoin vital de reconnaissance

Le psychanalyste américain Heinz Kohut, fondateur de la psychologie du self, voit dans le narcissisme une quête légitime d’amour et de cohérence. Chacun a besoin d’être admiré, compris, valorisé. Non pour dominer mais pour exister.

Quand ces besoins sont frustrés, la personne peut développer une personnalité narcissique pathologique : recherche d’admiration constante, hypersensibilité à la critique, relations centrées sur la valorisation de soi.

Chez Kohut, le narcissisme est un besoin humain fondamental, qui devient destructeur seulement lorsqu’il n’a pas trouvé d’écho bienveillant dans l’enfance.

Narcissisme pathologique : quand l’amour de soi devient défense

Le narcissisme pathologique n’est pas un excès d’amour de soi mais souvent une défense contre un vide intérieur. Sous l’apparente confiance, il y a une peur de la dévalorisation, un sentiment d’insécurité. Voici les signes les plus fréquents :

  • Un besoin constant d’admiration
  • Une intolérance à la critique
  • Une faible empathie
  • Une tendance à contrôler ou séduire l’autre pour se rassurer

Ce type de fonctionnement peut mener à des relations toxiques, comme le décrit Marie-France Hirigoyen (1998) dans Le harcèlement moral, où le sujet rabaisse autrui pour se sentir supérieur.

Vers un narcissisme sain : s’aimer sans se perdre

Un narcissisme équilibré, c’est la capacité :

  • à s’aimer malgré ses failles,
  • à recevoir la critique sans se dévaloriser,
  • à aimer les autres sans se dissoudre en eux.

La psychanalyse nous enseigne que le narcissisme est à la fois le miroir et le moteur du psychisme. Sans lui, pas d’amour de soi. Avec excès, il devient prison. Travailler cette composante narcissique en psychothérapie peut s’avérer très salutogène.

S’aimer pour mieux aimer

Le narcissisme n’est pas un défaut : c’est la racine de notre identité. Apprendre à s’aimer, c’est apprendre à vivre, à donner et à recevoir sans craindre de disparaître. Entre Freud, Lacan, Winnicott et Kohut, la psychanalyse nous rappelle que le véritable amour de soi n’est pas vanité mais humanité.

Références

  • Freud, S. (1914). Pour introduire le narcissisme.
  • Lacan, J. (1949). Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je.
  • Winnicott, D. W. (1965). Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant.
  • Kohut, H. (1971). The Analysis of the Self.
  • Hirigoyen, M.-F. (1998). Le harcèlement moral.

Thérapie : estime de soi et confiance en soi

Introduction

L’estime de soi et la confiance en soi sont deux concepts fondamentaux en psychologie. En effet, ce sont des essentiels au bien-être, à la résilience, et à la santé mentale. Bien que souvent confondus, ils désignent des réalités différentes mais complémentaires. Ainsi, comprendre leurs nuances, leurs interactions et comment on peut les renforcer en thérapie est fondamental.

Définitions & cadres théoriques

D’abord, l’estime de soi correspond au sentiment global de sa valeur en tant qu’être humain. En effet, c’est savoir qu’on mérite le respect, ressentir qu’on a une valeur intrinsèque, indépendamment de ses actes. Ainsi, elle se construit dès l’enfance, par le regard des figures d’attachement, les expériences sociales, les réussites comme les échecs, l’environnement familial/école.

Ensuite, la confiance en soi est le sentiment ou la croyance selon laquelle on possède les capacités / les ressources pour affronter une situation (relever des défis, agir efficacement). Ainsi, elle est liée au sentiment d’efficacité personnelle de Bandura, aux expériences passées de succès ou d’échec, aux compétences perçues, à l’environnement de soutien ou non.

Estime de soi & Confiance en soi : Différences et Similitudes

L’estime de soi regarde vers l’intérieur (valeur personnelle, dignité, amour-propre) tandis que la confiance en soi regarde souvent vers l’extérieur / l’action : « suis-je capable de faire ceci ou cela ? ».

L’estime de soi est plus stable, ancrée dans l’identité, les valeurs, le regard sur soi alors que la confiance en soi peut varier selon le domaine (travail, relations, activités sociales…) ou selon les situations.

Une estime de soi solide favorise une confiance en soi qui se pose sur des bases durables sachant que réussir des actions concrètes (développer la confiance en soi) peut aussi renforcer l’estime de soi.

L'estime de soi et la confiance en soi sont comme une petite graine que l'on arrose au quotidien

Pourquoi c’est important

En premier lieu, une estime de soi élevée est associée à une meilleure adaptation psychologique. De plus, on retrouve moins de symptômes anxieux ou dépressifs et donc plus de capacité de résilience.

En second lieu, la confiance en soi permet de s’engager dans des défis, de prendre des décisions, de s’affirmer socialement, professionnellement. Sans confiance, on reste bloqué dans l’inaction ou la peur d’échouer.

En conséquence, ensemble, ils permettent une meilleure qualité de vie (sentiment de compétence, capacité à se remettre des critiques ou échecs, à vivre selon ses valeurs).

Comment l’estime de soi et la confiance en soi se renforcent


Les expériences positives jouent un rôle clé dans le développement de la confiance en soi. Réussir dans des tâches réalistes renforce le sentiment d’efficacité personnelle. Ces réussites, même modestes, contribuent progressivement à construire une estime de soi plus solide et stable.

L’auto-compassion et la bienveillance envers soi-même sont tout aussi essentielles. Se traiter avec douceur quand les choses vont mal et accueillir ses erreurs sans jugement aide à préserver une image positive de soi. Cette attitude soutient l’estime de soi et favorise la persévérance face aux doutes. Elle renforce également la confiance dans sa capacité à avancer malgré les difficultés.

La reconstruction des croyances négatives est une étape clé du travail thérapeutique. Identifier les pensées limitantes, comme « je ne suis pas digne » ou « je vais forcément échouer », puis les remettre en question et les reformuler de manière réaliste, améliore la confiance en soi. Ce processus transforme aussi le regard global porté sur soi et nourrit une estime plus authentique, moins dépendante du jugement des autres.

L’affirmation de soi et le développement des compétences sociales sont essentiels. Exprimer ses besoins, poser des limites et interagir authentiquement avec les autres renforce la confiance dans sa capacité à agir et à se faire entendre. Ces compétences nourrissent en retour le sentiment intérieur de dignité, socle fondamental de l’estime de soi.

Enfin, un cadre relationnel sécurisant est indispensable. Le soutien, la reconnaissance et le respect de l’entourage (famille, pairs ou thérapeute) valident l’expérience et renforcent le sentiment de valeur. Ce climat de confiance et d’acceptation favorise la croissance personnelle et alimente durablement l’estime de soi.

Thérapie : comment on travaille l’estime de soi et la confiance en soi

En thérapie, le travail sur l’estime de soi et la confiance en soi vise à restaurer une relation plus bienveillante et réaliste à soi-même. Le thérapeute offre un cadre sécurisant où la personne peut explorer ses croyances, ses blessures et ses ressources, tout en expérimentant une autre manière d’être en lien avec elle-même et avec les autres.

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) aident à repérer et à transformer les pensées automatiques négatives qui entretiennent le manque de confiance. Par la restructuration cognitive et la mise en action progressive, le patient apprend à réévaluer ses capacités et à développer un sentiment d’efficacité personnelle.

Dans une approche plus psychodynamique, le travail s’oriente vers la compréhension des blessures narcissiques et des expériences précoces ayant fragilisé l’image de soi. La reconnaissance empathique du thérapeute joue alors un rôle réparateur, soutenant la reconstruction d’une estime plus stable et authentique.

Les approches humanistes et d’attachement insistent sur la qualité du lien thérapeutique comme levier de changement. L’écoute bienveillante, la congruence et l’acceptation inconditionnelle favorisent l’émergence d’un sentiment de sécurité intérieure et d’une image de soi plus positive.

Enfin, des pratiques comme la pleine conscience, la Gestalt-thérapie ou l’affirmation de soi permettent de renforcer la présence à soi, la reconnaissance de ses émotions et la capacité à s’affirmer dans le respect de ses limites.

Quelle que soit l’approche, le travail thérapeutique vise à aider la personne à se percevoir comme à la fois capable (confiance en soi) et digne d’amour et de respect (estime de soi), en trouvant un équilibre entre action et acceptation de soi.

Conclusion

L’estime de soi et la confiance en soi sont deux piliers essentiels de la santé psychique. Leur renforcement permet non seulement de mieux faire face aux difficultés mais d’entrer dans une dynamique de vie plus authentique, alignée avec ses valeurs. En thérapie, leur travail passe par l’évaluation, la reconstruction cognitive, l’expérimentation, la bienveillance et la prise de conscience. Ce chemin peut être exigeant mais il conduit à une plus grande liberté intérieure et à une vie plus pleine.

Références théoriques clés

  • Albert Bandura : Sentiment d’efficacité personnelle → rôle majeur dans la confiance en soi. Université catholique de Louvain
  • Théorie cognitive de Beck (triade cognitive) : pensées sur soi-même / le monde / l’avenir qui, quand elles sont négatives, affaiblissent estime de soi et confiance. Wikipédia
  • Théories de l’attachement (Ainsworth etc.) : la qualité des premières relations, la sécurité affective, influencent la construction de l’image de soi. la-psychologie.com+1
  • Affirmation de soi (assertivité) comme compétence psychosociale.