S’engager devrait être une évidence lorsque le désir est là.
Et pourtant, certaines personnes ressentent une angoisse intense dès que la relation devient sérieuse, que le projet se précise ou que l’engagement prend une forme concrète.
Elles veulent aimer, construire, avancer… mais quelque chose se crispe.
Alors elles doutent, freinent, prennent de la distance ou sabotent, parfois sans comprendre pourquoi.
Avoir peur de l’engagement : est-ce contradictoire avec le désir ?
Non.
Il est tout à fait possible d’avoir envie et d’avoir peur en même temps.
Cliniquement, la peur de l’engagement traduit souvent un conflit intrapsychique entre deux mouvements opposés :
– le désir de lien, de sécurité, de reconnaissance
– et la nécessité de se protéger d’une souffrance anticipée.
Ce conflit n’est pas toujours conscient. La personne ne “choisit” pas d’avoir peur : son psychisme tente d’éviter une répétition douloureuse.

Pourquoi l’engagement peut devenir angoissant
S’engager, c’est renoncer à l’entre-deux
L’engagement met fin à une zone floue où tout reste possible.
Il oblige à choisir une direction, une relation, une version de soi et à renoncer aux autres.
Ce renoncement implique un travail de deuil : deuil des possibles, des idéaux, des scénarios alternatifs.
Pour certains sujets, cette perte est difficilement tolérable.
S’engager, c’est accepter une forme de dépendance
Toute relation engage une dépendance affective :
on s’attache, on compte, on devient vulnérable.
Lorsque l’histoire personnelle a été marquée par :
- des ruptures précoces
- une instabilité relationnelle
- des expériences d’abandon ou d’insécurité
La dépendance peut être vécue comme dangereuse, voire menaçante.
La peur de l’engagement comme défense psychique
Du point de vue clinique, la peur de l’engagement fonctionne souvent comme une défense.
Elle protège contre des affects jugés trop envahissants : dépendance, perte, abandon, effondrement.
Tant que l’engagement reste à distance, le sujet conserve un sentiment de contrôle.
L’angoisse n’est pas absente mais elle est plus supportable que la vulnérabilité relationnelle.
Les manifestations fréquentes de la peur de l’engagement
Cette peur ne se présente pas toujours de manière explicite. Elle peut se manifester par :
- des doutes persistants dès que la relation se stabilise
- un sentiment d’étouffement quand “tout va bien”
- une fuite lorsque l’autre se projette
- une idéalisation des relations passées ou impossibles
- des ruptures répétées au moment où l’engagement devient réel
- une angoisse diffuse sans cause clairement identifiable
Souvent, le problème n’est pas la relation elle-même mais ce qu’elle vient symboliser.
Répétition et scénarios relationnels
En consultation, on observe fréquemment une répétition de scénarios relationnels :
relations intenses mais instables, attirance pour des partenaires indisponibles, ruptures au moment où le lien se consolide.
Ces répétitions ne sont pas accidentelles.
Elles rejouent, sous une autre forme, des expériences relationnelles précoces où le lien était associé à l’insécurité, à l’imprévisibilité ou à la perte.
Engagement et peur de se perdre
S’engager ne mobilise pas seulement l’affect, mais aussi l’identité.
Pour certains sujets, l’engagement réactive une angoisse de perte du Moi : peur de se diluer dans l’autre, de ne plus savoir qui l’on est sans la distance protectrice.
Cette crainte est fréquente chez les personnes qui ont dû, très tôt, s’adapter à l’autre pour préserver le lien.
Pourquoi attendre d’être sûr(e) ne permet pas d’avancer
Beaucoup de personnes attendent :
- de ne plus avoir peur
- d’être certaines
- de ne plus douter
Or, psychiquement, la certitude précède rarement l’engagement.
C’est souvent l’engagement qui permet une transformation des affects, pas l’inverse.
Attendre que la peur disparaisse revient souvent à rester figé(e).
Ce que permet le travail thérapeutique
Le travail thérapeutique ne vise pas à “apprendre à s’engager” mais à mettre en sens ce que l’engagement vient réveiller.
Il s’agit d’explorer :
- l’histoire des liens
- les expériences de dépendance et de séparation
- les loyautés inconscientes
- les mécanismes de protection mis en place
Lorsque ces éléments sont pensés et symbolisés, l’engagement cesse progressivement d’être vécu comme une menace.
En bref
La peur de l’engagement n’est ni un défaut de caractère ni un manque d’amour.
Elle est souvent le signe d’un conflit intérieur non résolu entre désir de lien et peur de perdre, de dépendre ou de se tromper.
Cet article s’inscrit dans la catégorie Choix et engagement, qui explore les difficultés liées aux décisions, à l’engagement affectif et aux transitions de vie.